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Full text of "Le venin des serpents : Physiologie de l'envenimation, traitement des morsures venimeuses par le sérum des animaux vaccinés"

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LE YENl DES^SERPENTS 

PHYSIOLOGIE DE L'ENYENIMATION 

TRAITEMENT DES MORSURES VENIMEUSES 

PAR LE 

sértim: ides ANiiviAax vaccinjés 



par le D»- A. CALMETTE 

» » » 

DIRECTEUR DE L'INSTITUT PASTEUR DE LILLE 

MÉDECIN PRINCIPAL DU CORPS DE SANTÉ DES COLONIES 

ANCIEN DIRECTEUR DE l'iNSTITUT BACTÉRIOLOGIQUE DE SAIGON 




PARIS 
SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS SCIENTIFIQUES 

PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE 
4, RUE ANTOINE-DUBOIS, 4 

1896 



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LE VENIN DES SERPENTS 



A LA MÊME SOCIÉTÉ D'EDITIONS 

LETULLE(D'^). — Guide pratique des Sciences médicales, publié 
sous la direction scientifique du D'" Letulle, profess-eur agrégé à la 
Faculté de médecine de Paris, médecin des Hôpitaux. Encyclopédie de 
poctie pour le praticien. Ouvrage in-18 de loOO pages, cartonné à 
l'anglaise 12 fr. 

Nous ne saurions mieux faire pour éclairer le praticien sur la valeur de 
notre Guide pratique que de reproduire textuellement l'articie paru dans le 
Bulletin ijénéral de thérapeutique. 

Voici ce qui a été dit de notre encyclopédie de poche : 

C'est un véritable chef-d'œuvre que ce Guide pratique des sciences médicales 
qui vient de paraître, car on trouve réuni dans ce petit volume tout ce qui a 
trait à la mi'decine, à la chirurgie, à Tobstétrique. Rien n'est omis : maladies 
cutanées, électricité médicale, odontalgie, analyse des urines, lexicologie, tout 
est traité et c'est un véritable tour de force de la part des au'eurs. d'avoir 
réussi à condenseï' ainsi les connaissances indispensables de l'art médical. 

On est surpris en lisant cet ouvrage, de voir résumés en quelques lignes 
les symptômes, les complications, le diagnostic et le traitement de chaque 
maladie ; les détails les plus minutieux y ont trouvé plare. 

La pa'tie thérapeutique est des plus soignées, et. en outre des paragraphes 
spéciaux cnrsacrés au traitement à la fin de la description de ti utes les 
affections, il existe quatre formulaires : 1« un formulaire général extrêmement 
bien fnit ; un foi mulaire spécial pour les maladies de la peau, renfermant les 
prini ipales lormules des ujaîtres en dermato ogie ; 3» un fi rmulaire spécial 
pour les maladies des nouveau-nés et des enfants ; 4o un formulaire spécial 
d'odontologie. 

Ce qui caractérise essentiellement ce manuel, c'est que, conçu et exécuté 
par des jeunes, il est absolument pratique et tout à fait au courant de.»- idées 
les plus modernes. Aussi est-il appelé, à notre avis, à un grand et légitime 
succès ; en effet, tout médecin voudra le posséder et sera, comme nous, 
charmé de trouver réunis dans le même volume tant de documents. 

Il nous reste, en terminant, à féliciter chaudement les auteurs et la Société 
d'Editions scientiiiques d'avoir si heureusemerit mené à bien la tâche difficile 
qu'ils s'étaient tiacée ; ils ont voulu faire œuvre utile, et ils ont grandement 
réussi, 

N.-B, — Le Guide pratique des Sciences médicales, formant un beau volume 
cartonné de 1.S00 pages, est expédié franco contre un mandat-pc ste de 12 francs 
adressé à M. le Directeur de la Société d'Editions scientifiques, 4. rue Antoine- 
Dubois. 

MM. les médecins qui ont acheté le volume de 1891 sont priés de nous 
demander le supplément de 1892, dont le prix est de cinq francs Ceux qui, au 
contraire, n'ont encore acheté aucun volume, ont à adresser dix-sept francs 
pour recevoir les deux au complet, c'est-à-dire l'année 1892 et son supplénient. 

Ce livre remplace avantageusement tous les rade-mecum ou bibliothèques 
médicales qui dispersent en plusieurs volumes des connaissances parfaitement 
condensées en lui seul. 

Le supplément pour 1892, in-18 de 420 p., cart 5 fr. 

Le supplément pour 1893, in-18 de 440 p., cart 5 fr. 

NOTA, — Le dernier siippléinont, disiie de ses devanriers et restiint d'une façon absolue 
sur le terrain exclusivement pratique, contient : la Bactériologie pratique, par le l)r NUOLLE, 
chef au labciPHtoire Pasteur — le Choléra, par le Iir Ll-SAGF, rlicf ne dimiiue charge de di- 
verses missiOD* contre les épidémies par le guuveruemcnt français. — les Accouchements. 
parle l>' DEMELIv, chef de clinique à la Maleinité, — les Maladies de l'Estomac, les 
Maladies du Foie, par le D' NICOLLE (Charles). 

Adresser par conséquent 22 fr. pour recevoir tout ce qui est paru du GUIDE 
PRATIQUE DES SCIENCES MÉDICALES depuis sa publication première. 



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LE YENIN DES^SERPENTS 

PHYSIOLOGIE DE L'ENYENIMATION 

TRAITEMENT DES MORSURES VENIMEUSES 

PAR LE 

sérum: des ANIMi^^UX VACCINÉS 



par le D'^ A. CALMETTE 

DIRECTEUIl DE l'iNSÏITUT PASTEUR DE LILLE 

MÉDECIN PRINCIPAL DU CORPS DE SANTÉ DES COLONIES 

ANCIEN DIRECTEUR DE l'iNSTITUT BACTÉRIOLOGIQUE DE SAIGON 




PARIS 
SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS SCIENTIFIQUES 

PLACE DE L ÉCOLE DE MÉDECINE 
4, RUE ANTOINE-DUBOIS, 4 

1896 



A Monsieur le Docteur E. ROUX 

Sous -directeur de l'Institut Pasteur 

Hommage de reconnaissance. 



TABLE DES MATIERES 



Pages 
Introduction . 

Chapitre I. — Répartifion géographique des Serpents veni- 
meux, et mortalité par suite des morsures de reptiles. H 

Chapitre II. — Organes de sécrétion et d'inoculation du venin 
— Toxicité comparée du venin des diverses espèces de 
Serpents . 15 

Chapitre III. — Physiologie de l'envenimation ..... 20 

Chapitre IV. — Voies d'introduction du venin. — Doses mor- 
telles 25 

Chapitre V. — Action de la clialeur et de diverses substances 

chimiques sur les venins 27 

Chapitre VI. — Nature chimique des venins 33 

Chapitre VII — Action neutralisante des hypochlorites alca- 
lins et du chlorure d'or sur le venin des Serpents . . 36 

Chapitre VIII. — Immunité des Serpents contre le venin. — 

Toxicité du sang des Serpents venimeux et des Anguilles. 40 

Chapitre IX. — Immunité naturelle de certains animaux à 

l'égard du venin 43 

Chapitre X. — immunité acquise des charmeurs de Serpents 

et des chasseurs de Vipères 46 

Chapitre XI. — Vaccination des animaux contre le venin des 

Serpents. — Propriétés du sérum des animaux vaccinés. o3 

Chapitre XII.— Le sérum anti venimeux de Cheval. — Sa pré- 
paration, sa valeur antiloxique et thérapeutique. — 
Sun mode d'emploi 59 

Appendice I. — Le venin du Scorpion. — Action des hypo- 
chlorites et du sérum antivenimeux sur ce venin ... 68 

Appendice II. — Communication du 6 février 1896 à l'Aca- 
démie des Sciences 70 



On irouci'i a réunis dans ce petit livre, après quelques 
considérations générales sur la répartition géographique 
des Serpents verdineuxjes principaux résultats des recher- 
ches que je poursuis depuis cinq ans sur le venin et sur le 
traitement des morsures venimeuses par le sérum des ani- 
maux vaccinés. 

Ces recherches ont été effectuées en grande partie dans 
le laboratoire et sous la direction de M. le Docteur E. Roux, 
à l'Itistitut Pasteur. .Je dois à mon affectionné maître de 
les avoir rendues fécondes^ et c'est sur lui, beaucoup plus 
que sur moi, que devra se reporter la reconnaissance des 
personnes auxquelles le sérum antivenimeux aura sauvé 
la vie. 

Les mémoires que f ai publiés sur les venins se trouvent 
disséminés dans les Annales de l'Institut Pasteur (années 
1892, 1804 et ■1800), les comptes-rendus de la Société de 
Biologie (1894) et les comptes-rendus de l'Académie des 
Sciences ('1894, 1895 et J896). 

Une syîithèse de ces divers travaux m'était réclamée par 
beaucoup de savants français et étrangers, que cette ques- 
tion des venins intéresse. J'ai cru que le moment était venu 
de leur donner satisfaction, puisque l'ensemble des faits 
accumulés depuis deux ans surtout nous a permis de fixer 
les bases d'une méthode thérapeutique précise, do ut l'appli- 
cation à l'homme s'Impose désorinais. 

Lille, le mars 1896. 

/)'• A. Calajette. 



CHAPITRE I 



Répartition ^géographique des Serpents veni- 
meux et mortalité par suite des morsures 
de reptiles. 

Il existe des Serpents venimeux dans presque toutes les 
régions chaudes et tempérées du globe, mais ils sont surtout 
répandus dans la zone tropicale de l'ancien et du nouveau 
monde. 



Asie 



L'Inde et l'Australie se disputent le triste privilège 
d'abriter les espèces les plus redoutables pour l'homme et les 
animaux domestiques. D'après les statistiques ofTicielies du 
gouvernement anglais, dans l'Inde seule, plus de 22,000 per- 
sonnes succombent chaque année aux morsures du Cobra 
capel ou Serpent à lunettes (Naja Tripudians), du liungare on 
de la Vipera elegans {Echidna Russelii ou Daboia). 

La Birmanie et toute la péninsule Indo-chinoise sont à 
peine plus épargnées. Le Cobra capel y est moins abondant, 
mais le Bungare, VOphiophagus elaps, le Trimeresurus et le 
Bothrops viridis s'y rencontrent communément. Dans cer- 
tains districts de l'Indo-Chine et du Siam, les ophiophages et 
les cobras font chaque année de nombreuses victimes à 
l'époque des inondations. 



12 LE VENIN DES SERPENTS 

Les régions montagneuses de l'Himalaya elles-mêmes ne 
sont pas épargnées : la Vipère Daboïa s'y rencontre jusqu'à 
1.600 mètres d'altitude. Plus au nord, dans les plaines de la 
Sibérie méridionale et jusque dans les steppes riveraines du 
Volga et du lleuve Oural, s'étend le domaine du Trigonoce- 
phalus halys. Certaines îles du Japon sont infestées par le 
Trigonocephalus BlomhofJU. 



Afrique 

L'Afrique n'est guère moins riche en ophidiens dangereux, 
et les accidents mortels pour l'homme ne sont pas rares dans 
les régions de ce continent où la population est dense. 

L'Egypte possède trois espèces particulièrement redou- 
tables : le Naja haje (aspic de Cléopàtre), la Vipère à cornes 
{cérastes) et VEfa ou Vipère des pyramides (Echis carinata). Le 
Naja haje et la Vipère à cornes sont répandus partout, du Nil 
au Cap et du Zambèze au Congo. 

La Vipère heurtante (Vipera arietans) se rencontre commu- 
nément dans les vallées du Zambèze, du Congo, de l'Ogooué, 
du Niger et des Rivières du Sud. Elle habite aussi le Trans- 
waal, où les Boers la craignent beaucoup pour eux-mêmes et 
pour leurs troupeaux. Son venin est utilisé par les Hottentots 
et les Boschimans pour empoisonner leurs flèches. 

Une autre Vipère très dangereuse, la Vipère rhinocéros 
(Vipera gabonica) reste cantonnée au Gabon, au Cameroun et 
sur les rives de l'Ogooué. 



Europe 

De tout l'ancien monde, c'est l'Europe qui est le plus 
épargnée par les reptiles venimeux. On n'y trouve que des 
Vipères de petite taille, la Péliade (Pelias berus), qui habite la 



LE VENIN DES SERPENTS 13 

Scandinavie, la Hollande, la Belgique, l'Angleterre et la 
France. 

La Vipère ammodijte (Vipère à museau cornu), qu'on ren- 
contre dans le Dauphiné, les Alpes, la Suisse, l'Italie, l'Illyrie 
et la Grèce. 

Enfin la Vipère aspic, Vipera aspis, qui est répandue à peu 
près dans toute la France et l'Europe centrale. 

Quoique peu dangereuses, si on les compare aux Serpents 
des pays chauds, ces Vipères d'Europe occasionnent néan- 
moins un nombre assez considérable d'accidents mortels. 
M. Viaud Grand-Marais a relevé, pour les départements de la 
Vendée et de la Loire Inférieure seuls, en France, pendant 
une période de six années, 32/ cas de morsures, dont 62 ont 
été suivis de mort. 

En Auvergne, le D' Fredet, de Royal (Acad. de Médecine, 
19 mars 1889), en a relaté t i observations qui ont amené 
(i morts. 

Pour n'être pas très fréquentes ni ordinairement très 
graves, les morsures des Vipères de nos régions n'en cons- 
tituent donc pas moins un réel danger dans beaucoup de cas, 
surtout pour les enfants. 

Amérique 

L'Amérique est la patrie du fameux Serpent à sonnettes 
fCrotaius durissus, C. adamanteus, C. homdusj, dont le 
domaine s'étend depuis les rives de La Plata jusqu'à 40° de 
latitude Nord. 

Ce reptile et d'autres espèces aussi terribles, telles que le 
Bolhrops atrox, Trigonocephalus contortri.r (appelé par les 
Américains Copperhead), font chaque année un nombre con- 
sidérable de victimes, surtout parmi les nègres qui travaillent 
aux rizières ou aux champs de canne à sucre, dans les Caro- 
lines, rillinois, l'Arkansas, le Texas, le Mexique, l'Equateur, 
la Colombie, le Venezuela, les Guyanes et le Brésil. 



14 LE VENIN DES SERPENTS 

Les forêts du Brésil et les vallées de l'Orénoque et de 
l'Amazone abritent encore d'autres ophidiens particulièrement 
dangereux : le Jararaca (Bothrops brasiliensis) et le Sururucu 
(Lachesis mutus). 

Ce dernier, très répandu jusqu'aux Guyanes, rend les 
chasses et les voyages fort périlleux dans ces pays. Son 
venin est si actif qu'il peut tuer une vache en deux heures. 

Le Bothrops lanceolatus {Fer de Lance de la Martinique), 
n'existe guère qu'à la Martinique, à Ste-Lucie et dans la 
petite île de Eequia, près de Sl-Vincent. A la Martinique 
seule, on signale encore chaque année 60 ou 80 morts, cau- 
sées par la piqûre de ce reptile dans les plantations de l'île. 



Océanie 

On retrouve aux Indes néerlandaises la plupart des espè- 
ces les plus redoutées qui habitent l'Indo-Chine et l'Inde, 
sauf le Cobra capel. Le Bungare, le Bothrops viridis, le Tri- 
meresurus, VOphiophagus elaps et la Vipère Daboïa, se ren- 
contrent communément dans toutes les îles de la Sonde, 
jusqu'au détroit de Tories. En Australie enfin, les reptiles 
sont relativement beaucoup plus abondants que dans toutes 
les autres parties du monde. 

Bien que la population y soit peu dense, chaque année 
une foule de personnes succombent aux morsures du fameux 
Serpent tigre (Tiger snake), Hoplccephalus curtisel variegatus, 
du Serpent noir (Black snake), Pseudechis porphyriacus, ou 
du Death adder, Acanlhophis antarcticus, A. ceraslina. 

Aussi est-ce pour ce pays et pour l'Inde anglaise que les 
recherches expérimentales exposées dans ce petit livre 
offrent le plus d'intérêt. 



CHAPITRE II 



Organes de sécrétion et d'inoculation du 
Yenin. — Toxicité comparée du venin 
des diverses espèces de Serpents. 

Les Serpents venimeux se divisent en deux grands groupes: 
les Protérogiyphes, qui ressemblent aux Couleuvres, et les 
Solénoglyphes ou vipéridés. 

Le premier groupe comprend les hydrophides ou Serpents 
de mer, les Elaps, les Najas, les Bungares. Ils sont caracté- 
risés par ce fait que les os sus-maxillaires se prolongent en 
arrière sous la lèvre supérieure et supportent, sur le devant 
de la mâchoire, des dents venimeuses cannelées et non 
perforées à leur base. En arrière de ces dents se trouve, de 
chaque côté, une rangée de crochets lisses, sans sillons. 

Les Solénoglyphes ou vipéridés ont la tête en général 
triangulaire, la mâchoire très courte et très mobile. Leurs 
dents venimeuses sont creusées d'un canal complet au lieu 
d'un sillon comme chez les Serpents du premier groupe. 

Les uns et les autres possèdent de chaque côté de la 
mâchoire supérieure une glande à venin enveloppée dans un 
réseau de muscles. Chaque glande a la forme d'une amande 
allongée dans le sens de la tète, entre lœil et la branche 
montante du maxillaire : elle se termine en avant par un 
canal qui aboutit à la base de la dent canaliculée. Le venin 



16 LE VENIN DES SERPENTS 

sécrété par la glande s'y accumule et en est expulsé vers les 
crochets, suivant les besoins, par la pression des muscles. 

Immédiatement en arrière des dents venimeuses se trou- 
vent, couchés dans la gencive, toute une série de six crochets 
d'attente, ou crochets de remplacements, destinés à supplanter 
ceux qui viendraient à être brisés. 

Les glandes sécrètent des quantités très variables de 
venin, et la composition de ce venin n'est pas toujours 
identique. Elle varie suivant l'état de jeûne plus ou moins 
prolongé subi par l'animal, suivant l'espèce à laquelle il 
appartient, suivant son âge et suivant les saisons. 

Le concours obligeant de beaucoup de médecins et de 
naturalistes français et étrangers m'a permis de me pro- 
curer soit des échantillons de venins à l'état sec ou en solu- 
tion concentrée dans la glycérine, soit des Serpents vivants 
provenant de toutes les parties du globe où ces reptiles 
sont réputés le plus dangereux. 

Les espèces de reptiles vivants que j'ai eues à ma disposi- 
tion, et dont j'ai pu étudier le venin à l'état frais, sont les 
suivantes : 

Naja tripudians (Cobra capel, variété à monocle, de l'indo- 
Chine, et Serpent à lunettes, de l'Inde) ; 

Cfotalas durissiis, de l'Amérique du Nord (Serpent à son- 
nettes) ; 

Bothrops lanceolatus, de la Martinique (Fer de Lance) ; 

Naja haje, d'Egypte (Aspic de Cléopàtre) ; 

Cérastes, d'Egypte (Vipère à cornes). 

Celles dont le venin m'a été adressé à l'état sec et parfaite- 
ment conservé sont : 

Bimgarus faaciatus, de l'Inde; 

Pseudechis porphijriacus (Black snake), d'Australie ; 

Hoplocephaius curtis (Tiger snake), d'Australie ; 

Hoplocephalusvariegatus (Broadheaàed snake},d' Auslrahe. 

Àcanthophis aiitarctica (Death adder), d'Australie; 

Triiuere.mni.'i viridia (Sei'pent bananier), de l'Indo-Chine; 



LE VENIN DES SERPENTS 17 

Tous ces venins présentent naturellement entre eux des 
différences de toxicité très marquées et qu'il était intéressant 
de comparer. Mais, fait plus intéressant encore, j'ai pu cons- 
tater que la toxicité de la sécrétion venimeuse d'un même 
Serpent varie dans des proportions considérables, suivant 
l'état de jeûne plus ou moins long qu'il a subi, et peut-être 
suivant d'autres conditions malaisées à déterminer. 

J'ai conservé pendant huit mois, à l'Institut Pasteur, un 
Naja haje d'Egypte, qui n'a jamais voulu se nourrir, quels 
que fussent les aliments que je lui ai présentés (Souris, (ire- 
nouilles, œufs). Lors de son arrivée, je lai fait mordre dans 
un verre de montre; le venin recueilli par ce procédé et 
aussitôt desséché dans le vide, tuait, en quatre heures, un 
Lapin de 1700 grammes, à la dose de 0'"K'"7 (poids du venin 
sec). 

Deux mois après, la sécrétion de ce môme Serpent était 
devenue toxique pour le Lapin à la dose de 0'"K'iî5. 

Lors de la mort de l'animal, au bout de huit mois, le 
venin extrait des glandes et évaporé dans le vide était telle- 
ment toxique qu'il suffisait de 0"is' 1 pour tuer un Lapin d'en- 
viron 2 kilogrammes. La toxicité de la sécrétion venimeuse 
de ce reptile s'était donc beaucoup accrue au fur et à mesure 
qu'il jeûnait depuis plus longtemps. 

Pour un môme Serpent que l'on fait mordre à intervalles 
rapprochés, huit à quinze jours par exemple, le poids du 
venin excrété est assez sensiblement constant. Un Cobra de 
2 mètres de longueur lance, en moyenne, à chaque morsure» 
135 milligrammes de venin liquide donnant, à l'évaporation, 
de 30 à •io milligrammes de résidu sec. 

Un Cobra qui n'a pas mordu depuis deux mois au moins 
peut fournir jusqu'à 220"ife"" de salive toxique. La quantité 
totale maxima du venin que j'ai trouvée contenue dans les 
deux glandes extirpées après la mort, s'est élevée une seule 
fois à is'lSG, ayant donné 0s''480 de résidu sec- 

J'ai pesé régulièrement le résida sec de 11 morsures faites 

Calmette. — 2. 



18 



LE VENIN DES SERPENTS 



sur un verre de montre par deux Najas haje arrivés en même 
temps au laboratoire et placés dans la même cage. Ces deux 
Najas avaient à peu près 1"'70 de longueur. 

Pendant toute la durée de l'expérience, qui a duré du 
20 avril au 1" août 1894, aucun d'eux n'a pris de nourriture, 
mais ils buvaient de l'eau et se baignaient fréquemment. 

Voici les résultats que j'ai obtenus : 



DATE 

IlE LA MOriSLRE. 


NAJA HAJE N» 1. 


NAJA HAJE No -2. 


20 avril 


Poids 

du 

venin frais. 

mgr. 
129 


Poids 

du venin 

desséi-hé 

dans le vide. 

mgr. 

31 


Poids 

du 

venin frais. 

mgr. 


Poids 
du venin 
desséché. 

mgr. 


23 avril 
















151 


43 


14 mai. 












124 


35 






21 mai. 
















132 


37 


28 mai. 
















91 


19 


2 juin 












127 


39 






19 juin 
















121 


43 


1" juillet 














78 


26 


2 juillet . 










122 


48 






25 juillet 














111 


34 


26 juillet 










79 


21 







On voit combien est variable la proportion du résidu sec, 
c'est à-dire de l'albumine, des sels et de la substance toxique ; 
elle oscille de 20 à 35 '/„. Elle est d'autant plus forte que 
l'animal n'a pas mordu ou qu'il jeune depuis plus longtemps. 

M. Mac Garvie Smilh, de Sydney, expérimentant sur les 
Serpents venimeux d'Australie, a dressé pour M. Roux un 
tableau semblable, dont les résultats sont tout-à-fait d'accord 
avec les miens. D'après ce physiologiste, un gros Serpent noir 
(Pseudechis porpbyriacus) , donne à chaque morsure une 



LE VENIN DES SERPENTS 19 

quantité de venin variant de 100 à IGO milligrammes, avec 
24 à 40 milligrammes de résidu sec. 

Un Serpent tigre (Hoplocephalus curtis), fournit de 6o à 
150 milligrammes de venin, avec 17 à oo milligr. de résidu 
sec. 

Dans toutes les expériences de M. Mac Garvie Smith, la 
proportion du résidu sec a varié de 9 à 38 p. 100 parties du 
venin liquide excrété par l'animal. 

Un Trigonocéphale fer de lance de la Martinique, de 
moyenne taille, m'a fourni par l'expression de ses deux 
glandes, 320 milligr. de venin liquide et 127 milligr. d'extrait 
sec. 

Deux Vipères à cornes d'Egypte m'ont donné, l'une 
123 milligr., l'autre 85 milligr. de venin liquide, dont la 
dessiccation a laissé respectivement 27 milligr. et 19 milligr. 
de venin sec. 

Dans les mêmes conditions, un Crotale de l'Amérique du 
Nord, que je dois à l'obligeance de M. Rettlie, de New-York, 
et que j'ai conservé deux mois au laboratoire, m'a fourni 
370 milligr. de venin liquide et 103 milligr. d'extrait sec. 



CHAPITRE III 



Physiologie de reiivenimatioii 

La morsure des Serpents D'est pas très douloureuse ; elle 
est surtout caractérisée par de l'engourdissement qui survient 
dans la partie mordue, se propage rapidement dans tout le 
corps et produit des syncopes, des défaillances. Lorsque la 
quantité de venin inoculée est assez considérable pour donner 
la mort, l'anxiété respiratoire ne tarde pas à se manifester, 
la bouche se contracte, devient baveuse, la langue se gonfle, 
les dents se resserrent, puis le malheureux blessé tombe dans 
le coma le plus profond et expire en quelques heures. 

La mortalité proportionnelle à la suite des morsures de 
Serpents varie naturellement beaucoup suivant l'espèce à 
laquelle appartiennent les reptiles. D'après les statistiques de 
.1. Fayrer et celles de Desaint, la moyenne des morts dans 
l'Inde serait de 23 à 33 "/o des individus mordus par les 
Cobras, les Daboia et les Bungares; d'après Huillet, à Pondi- 
chéry cette moyenne atteindrait 43 %• 

Si le venin est introduit dans une région très vasculaire, 
ou directement dans une veine, il tue presque fatalement. 
Au contraire, si le derme est à peine entamé, ou si les vête- 
ments ont pu exercer une action protectrice, l'absorption 
deviendra presque nulle. On se retrouve ici en présence des 
mêmes facteurs de gravité que pour les morsures faites à 
Ihomme par des animaux atteints de rage. 



LE VRNIN DES SERPENTS 21 

L'expérience permet d'éliminer tous ces facteurs, de suivre 
chez un animal inoculé toute la série des phénomènes de 
l'envenimation et d'en graduer l'intensité. Nous avons étudié 
à ce point de vue toutes les espèces d'animaux qu'il est pos- 
sible d'utiliser dans un laboratoire. 

Chez le Singe, le premier signe apparent de l'absorption du 
poison est une sorte'de lassitude générale; puis les paupières 
se ferment à demi. L'animal semble chercher un endroit 
favorable pour se reposer; il se relève aussitôt, marche avec 
des saccades : ses membres ont de la peine à le supporter, 
liientôt il est pris de nausées, de vomissements, de dyspnée; 
il appuie sa tète sur le sol, la redresse en cherchant à aspirer 
l'air, porte ses mains à sa bouche comme pour arracher un 
corps étranger du pharynx. 11 vacille sur ses membres et se 
couche sur le côté, la face contre le sol. Le ptosis s'accentue 
et l'asphyxie complète survient bientôt. Le cœur continue à 
battre cinq minutes au moins après que la respiration a 
cessé, puis il s'arrête en diastole. 

La rigidité cadavérique survient très rapidement et persiste 
longtemps, même après le début de la putréfaction. Pendant 
les derniers moments de la vie, la pupille reste très impres- 
sionnable; l'animal conserve intacte la sensibilité à la douleur 
et l'ouïe. L'excitabilité électrique des muscles de la face 
persiste, mais celle des membres et du tronc est beaucoup 
diminuée. L'application de courants volta-faradiques de la 
nuque au diaphragme ne provoque aucun mouvement respi- 
ratoire lorsque l'asphyxie commence à se manifester. Les 
sphincters de la vessie et de l'anus se relâchent après 
quelques spasmes qui provoquent fréquemment, chez les 
mâles, l'éjaculation du sperme. L'urine et les fèces s'échappent 
ensuite. A l'autopsie on trouve de l'œdème hémorrhagique au 
point inoculé, de l'hyperhémie et parfois des taches hémorrha- 
giques sur le foie, l'intestin et les reins. La vessie est géné- 
ralement pleine d'urine sanguinolente. 

Les Oiseaux présentent à peu près la môme succession de 



22 LE VENIN DES SERPENTS 

phénomènes, mais, chez eux, la période asphyxique est 
beaucoup plus longue, probableinont à cause des réserves 
d'air accumulées dans leurs sacs aériens et leurs canaux 
osseux. Ils bâillent comme des Pigeons qu'on étouffe, reposent 
la pointe de leur bec sur le plancher des cages, et ont 
fréquemment des spasmes convulsifs du pharynx accompagnés 
de battements d'ailes. 

Les petits Oiseaux et même les Pigeons meurent très rapi- 
dement sous l'influence de doses infinitésimales de venin. La 
Poule est plus résistante. 

Les Grenouilles, grâce à leur respiration cutanée, succom- 
bent très lentement. Nous en avons vu survivre pendant 
trente heures à l'inoculation de la quantité de venin qui tue 
le Lapin, par injection sous cutanée, en dix minutes. Le 
Crapaud uieurt plus vite. 

Les Lézards et les Caméléons sont très sensibles au venin. 

Les Couleuvres et les Serpents non venimeux en général, 
ne succombent qu'avec des doses de venin très élevées relati- 
vement à leur poids. Ils jouissent d'une immunité partielle, 
mais non absolue. Seuls les Serpents venimeux sont insen- 
sibles à des doses énormes de leur propre venin, ainsi que 
Fontana, Weir Mitchell et Viaud-Grand-Marais l'avaient 
déjà constaté. 

Les Poissons ne sont pas réfractaires à l'envenimation : 
j'ai expérimenté en 1891, à Saigon, l'action du venin frais de 
Cobra sur deux spécimens de ces Poissons de combat que les 
Annamites élèvent dans des aquariums pour assister à leurs 
luttes et engager sur elles des paris. Ils ont succombé cinq 
heures seulement après l'inoculation intramusculaire d'une 
dose mortelle en vingt minutes pour le Pigeon. 

Les Sangsues sont tuées par l'inoculation d'une très minime 
quantité de venin. 



LE VENIN DES SERPENTS 23 



L'action toxique du venin se manifeste bien nettement par 
des phénomènes bulbaires- Le ptosis, symptôme de début, 
surtout apparent chez le Singe, indique l'atteinte de la subs- 
tance grise du plancher du quatrième ventricule et des 
noyaux d'origine des nerfs moteurs oculaires communs. La 
paralysie bulbaire progresse ensuite rapidement, et lors- 
qu'elle a frappé les noyaux d'origine des nerfs pneumogas- 
triques, l'animal meurt en état d'asphyxie. 

Le venin porté directement à l'aide d'une pipette capillaire 
dans ]e tissu musculaire ou dans les cavités du cœur ne 
modifie pas la régularité des contractions de cet organe, 
jusqu'à ce que l'intoxication bulbo-médullaire ait eu le temps 
de se produire. 

Mélangé au sang, il n'altère ni la forme ni la couleur des 
globules jusqu'après la mort de l'animal. Je n'ai pas vu dans 
les hématies ces petits corps ovoïdes, brillants, qu'a signalés 
Lacerda. J'ai examiné des préparations de sang frais de 
beaucoup d'animaux avant et pendant l'envenimation, sans 
pouvoir saisir, sous le microscope, le moindre changement 
dans les hématies : j'ai remarqué seulement qu'elles se gon- 
flaient un peu et que l'hémoglobine se dissolvait rapidement. 

Après l'arrêt du cœur la coagulation survient très vite; 
tout le sang contenu dans les cavités se prend en une masse 
homogène offrant l'aspect de la gelée de cassis. 

La rapidité d'absorption du venin chez les petits animaux 
inoculés est incroyable. Si on introduit sous la peau, au 
dernier tiers de la queue d'un Rat, une dose mortelle de venin 
et que, une minute après, on pratique l'amputation de cet 
organe au tiers supérieur, la marche de l'envenimation suit 
son cours; la mort est à peine retardée. 

Le venin est donc très rapidement difïusible. C'est ce qui 
explique rinefficacité presque absolue des traitements locaux 
les plus énergiques des morsures des Serpents. Ni les larges 



24 LE VENIN DES SERPENTS 

incisions, ni la caulérisalion au fer rouge, ni les injections de 
permanganate de potasse, ni la ligature des membres mordus 
ne suffisent à enrayer l'absorption du poison ; tout au plus 
ces moyens la retardent-ils un peu. C'est déjà un résultat 
utile, il est vrai, car il peut permettre d'intervenir, dans 
certains cas, à temps pour détruire le venin qui n'est pas 
encore entré dans la circulation générale. 



CHAPITRK IV 



Voies d'introduction du venin. Doses mortelles 

Les dilïérentes voies par lesquelles le venin peut être 
introduit dans l'organisme des animaux ne sont pas toutes 
également propices à son absorption. La plus dangereuse est 
V intraveineuse. 

On peut tuer un Lapin instantanément eu lui introduisant 
dans la veine marginale de l'oreille un dixième de milligramme 
de venin de Cobra. 

L'inoculation sous-cutanée ne produit jamais la mort 
foudroyante : même chez les petits Oiseaux, qui sont extrê- 
mement sensibles au poison, les phénomènes d'intoxication 
ne se manifestent qu'au bout d'un temps variable de quelques 
minutes à plusieurs heures suivant la dose injectée. 

Voici quelle a été, pour le Lapin et pour le Cobaye, la 
toxicité comparée des divers échantillons de venin desséché 
dans le vide que j'ai pu expérimenter. 



Naja tripudians. . 

» 
Naja liaje 

Cérastes 

Crota'iis (lurissiis . . 
Bothrops lanceolatus . 
Hoplooeplialus varie^atus 
Acanlhoplii.s antai-ctica . 



ï 


Dose nuirtelle en 3-4 


Dose mortelle en 2-3 


"îi 


heures pour le Lapin 


heures pourleCobave 


■ir. 


pesant environ 2 kg. 


pesant envir. 500 gi'. 


1 


0.3 niïr. 


0.03 nigr. 


•2 


0.6 




3 


O.H 




i 


0.7 


0.07 


S 


0.3 




(i 


o.e 




7 


1.S 


0.1 


8 


-) 




!) 


'.i."> 


0.3 


10 


•î."^ j 0.2 


11 


2.3 [ 


12 


1 


0.08 



26 LE VENIN DES SERPENTS 

On voit, par les chiffres de ce tableau, que la sensibilité 
respective du Lapin et du Cobaye à l'égard d'un même venin 
n'est nullement proportionnelle au poids de ces animaux. 
Pour tuer oOO grammes de Lapin, il faut à peu prés deux fois 
plus de venin que pour tuer 300 grammes de Cobaye. 

On peut faire la même observation si l'on expérimente sur 
des Chiens. Il faut 6 milligr. de venin du Naja n" 1 pour tuer 
un Chien de 7 kiiogr. en 12 heures, alors que la même quantité 
de venin donne la mort en 3 heures à 12 kiiogr. de Lapin. 

Les séreuses absorbent lentement le venin:' l'inoculation 
intrapéritonéale produit beaucoup plus tardivement l'enveni- 
mation à quantité égale de substance toxique. 

Sur les muqueuses, le venin de tous les Serpents amène une 
inflammation très intense, comparable à celle que provoque 
le jequirity. J'ai protluit chez des Lapins des ophtalmies puru- 
lentes très graves en déposant sur la conjonctive une goutte 
d'une solution concentrée de venin de Cobra. Ces ophtalmies 
guérissent spontanément au bout de quelques jours. 

Lorsque le venin a été chauffé à 80 degrés pendant au 
moins dix minutes, ses propriétés phlogogènes disparaissent, 
sans que son pouvoir toxique soit diminué. Il n'est plus 
capable alors de provoquer d'ophtalmies, mais si on l'inocule 
sous la peau, il tue à la même dose minima qu'avant le 
chauffage. L'ingestion n'est pas mortelle pour les Herbivores 
ni pour les Singes. Elle l'est quelquefois, niais non cons- 
tamment, pour les Pigeons et les Poules, probablement parce 
que ces animaux avalent de nombreuses petites pierres dont 
les angles provoquent fréquemment des érosions de la 
muqueuse. La succion d'une morsure venimeuse peut donc 
n'occasionner aucun dommage si elle est pratiquée par une 
personne dont la muqueuse bucco-pharyngienne est abso- 
lument saine, mais s'il existe une lésion elle peut entraîner 
de graves dangers. 



CHAPITRE V 



Action (le la chaleur et de diverses substances 
chimiques sur les venins 

Le venin Iraîchenient extrait des glandes du Serpent est 
parfaitement ntutre au papier de tournesol. II se dissout 
facilement dans l'eau et la glycérine. 

L'alcool, l'étlier, l'ammoniaque, le tannin, l'iode, le préci- 
pitent, mais le précipité formé se redissout dans l'eau. Ses 
réactions chimiques sont identiques à celles des échidnines 
étudiées par Weir Mitchell; il est donc superflu d'en répéter 
la description. 

J'ai étudié séparément sur chaque espèce de venin l'action 
de la chaleur et de diverses substances chimiques. 11 n'existe 
pas entre eux de diflérences capitales : tous sont détruits ou 
modiliés par les mêmes réactifs, et tous perdent leur toxicité 
par le chaufTage plus ou moins prolongé aux environs de 
100 degrés. 

Le venin de Cobra capel en solution au millième, perd sa 
virulence exactement à partir de 98 degrés au bain-marie, 
après vingt minutes. Le venin d'IIoplocephalus est un peu 
plus résistant; si on le chauffe, même pendant dix minutes, 
entre 100 et 102 degrés, il est encore toxique et ne devient 
inoffensif que lorsque cette température est maintenue pendant 
(|uinze minutes au moins. Celui de Pseudechis est détruit 
entre !)0 et 100 degrés, celui de Vipère, entre 93 et 97 degrés. 



28 LE VENIN DES SERPENTS 

La dose de ces venins chauffés, injectée aux animaux, était 
toujours de! milligr. pour ceux de Cobra et d'Hoploceplialus, 
de 4 milJigr. pour celui de Pseudechis et de 10 milligr. pour 
celui de Vipère. 

Ces écarts, assez faibles pour des venins en solutions 
concentrées, deviennent plus considérables si l'on opère le 
chauffage sur des solutions très diluées. Ainsi, 1 milligr. de 
venin de Cobra dilué au 1/10.000 et chauffé au bain-marie, en 
tube scellé, à 90 degrés pendant dix minutes, devient 
ino-fïensif pour le Lapin. En dilution à 1/1000, la même dose 
qui a subi l'action de la chaleur pendant le même temps tue 
seulement avec un léger retard, mais elle ne produit, au point 
d'inoculation, ni l'œdème ni les hémorrhagies capillaires que 
l'on observe toujours à la suite des injections de venin non 
chauffé. 

Le venin de Vipère du Jura, chauffé 13 minutes à 80 degrés, 
comme l'ont montré MM. Phisalix et Bertrand, ne développe 
également plus d'œdème, quel que soit son degré de dilution, 
et pour tuer le Lapin il faut en injecter au moins 6 milligr. 
en dilution au cinq-millième, ou i milligr. au Cobaye. 

Le chauffage fait donc perdreaux venins leurs propriétés 
phlogogènes et une partie de leur pouvoir toxique ; mais, 
pour des doses très peu supérieures à la dose mortelle, ce 
pouvoir toxique subsiste et il n'est entièrement détruit qu'à 
des températures voisines de l'ébullition. 

MM. Phisalix et Bertrand ont attribué au chauffage entre 
75 et 80 degrés le pouvoir de modifier le venin de Vipère au 
point de le transformer en échidno-vaccin. Ces expérimen- 
tateurs ont observé que les Cobayes pouvaient supporter sans 
périr 4/10 de milligr. de venin de Vipère chauffé à 7o degrés 
pendant 15 minutes, tandis que cette dose de 4/10 de milligr. 
de venin non chauffé est mortelle en 6 heures environ pour les 
animaux témoins. Au bout de 8 à 10 jours, les animaux qui 
avaient reçu 4/10 de milligr. de venin chauffé pouvaient 



LE VENIN DES SERPENTS 29 

recevoir impunément jusqu'à 8/10 de miliigr. de venin 
normal. 

Je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'expliquer ce com- 
mencement de vaccination des (Cobayes parla transformation 
du venin en échidno- vaccin sous l'influence du chauffage. Il 
est certain que le chauffage a modifié le venin; il lui a fait 
perdre ses propriétés phlogogènes, comme je l'avais moi- 
même montré en 1892'à propos de l'action du venin de Cobra 
sur la conjonctive oculaire (1); il a aussi diminué sa toxicité, 
de sorte que la dose minima mortelle, 4 10 de miliigr. pour 
le venin de Vipère, ne tue plus le Cobaye. Mais il est facile 
de constater qu'une dose de 1 miliigr. de ce même venin, 
chauffé quinze minutes à 7o ou même à 80', est mortelle, 
comme 4/10 de miliigr. de venin non chauffé, sauf que les 
symptômes locaux ne se manifestent plus. 11 ne s'est donc 
produit sous l'influence du chauffage qu'une atténuation de 
la toxicité, tout juste suffisante pour rendre inoffensive la 
dose minima mortelle. 

Les mêmes effets de vaccination contre la dose de 8/10 de 
miliigr. de venin normal peuvent être obtenus de la manière 
suivante : 

On inocule un Cobaye de 4 à 500 grammes avec une dose 
de 3/10 de miliigr. de venin de Vipère normal, après s'être 
assuré que cette dose ne tue pas, tandis que 4/iO de miliigr. 
tuent en G heures environ. L'animal est légèrement malade 
pendant iï heures; il diminue de poids pendant deux ou 
trois joins, il a une hypothermie de 1° environ pendant 
•quel(|ues heures, puis il se rétablit et reprend son poids 
primitif. A ce moment, on peut lui injecter 8/10 de miliigr. 
de venin normal sans provoquer autre chose qu'un malaise 
passager. L'inoculation du venin normal à dose non mortelle 
vaccine donc comme si l'on avait injecté 4/10 de miliigr. de 
venin chauffé. Dans les deux cas, le mécanisme de l'immunité 

(I) Cahiiette, Annales de l'Inslilul Pasteur, mars 1892. 



30 LE VENIN DES SERPENTS 

s'explique par un commencement d'accoutumance. Nous 
reviendrons un peu plus loin sur ces faits (1). 

L'acide phénique à 30 p. 1.000, le bichlorurede mercure à 
1/1000 en solution acide, le sulfate de cuivre, l'eau naphtolée, 
le nitrate d'argent à 1 V-- ne détruisent pas la virulence du 
venin et ne retardent pas l'apparition des symptômes d'enve- 
nimation lorsque ces antiseptiques sont mélangés au venin 
avant l'injection. 

Il en est de même du chlorure de sodium, du carbonate et 
du sulfate de soude, de l'iodure de potassium, de l'iode 
(solution de Gram), du trichlorure d'iode à 1/1000, de l'alcool, 
du chloroforme, de l'élher et du chlorure d'éthyle. 

L'ammoniaque mélangée à la dose de l gramme pour 
1 miilig. de venin de Cobra, ne modifie pas le venin. Les 
essences de santal, de romarin, de girofle, de citron, 
n'exercent également sur lui aucune action favorable. 

Beaucoup de ces corps, particulièrement l'iode, l'ammo- 
niaque, les essences, l'étber, l'alcool, le chloroforme, le sulfate 
de cuivre, le nitrate d'argent et le bichlorure de mercure, 
forment avec le venin des précipites, mais ceux-ci sont 
solubles dans l'eau ou dans un excès de réactifs, et aussi 
toxiques que le venin pur. Le chlorure de sodium et le sulfate 
de magnésie à saturation sont dans ce cas. 

La soude et la potasse en solution à 1/10 diminuent 
beaucoup la virulence des venins. Lorsque le contact est 
prolongé pendant cinq ou dix minutes, elles les détruisent 
même tout-à-fait, mais elles n'ont plus aucune action si l'on 
fait agir ces alcalis en solutions plus étendues, ou si on les 
mélange à du venin préalablement dilué. 



(1) Dans un article publié tout récemment par la Revue générale 
des Sciences, M. Phisalix annonce qne le venin des Vipères du Puy-de- 
Dôme ne peut pas être tPHnsformé parlechaulfage en échidno-vaccin. 
Celte propriété n'a été cimsiatée par lui que pour le venin des Vipères 
du Jura. (Bev. gén. des Sciences, 29 fév. 1896). 



LE VENIN DES SERPENTS 31 

Avec la polasse caustique et une trace de sulfate de cuivre, 
le venin produit la réaction caractéristique du biuret. 

Injectée dans les tissus autour du point d'inoculation, une 
solution de soude à 1/100 n'eœpéche pas l'intoxication et 
produit des douleurs extrêmement vives et des escbarres. 

L'eau oxygénée, l'acide phosphorique, l'acide sulfhydrique 
et l'acide chlorhydrique sont inactifs in titro. 

Il en est de mèn)edu carbonate de soude et du carbonate 
d'ammoniaque en solution à I/IO, lorsqu'on mélange jusqu'à 
100 parties de ces sels avec une partie de venin. Le phosphate 
et le sulfate d'ammoniaque forment un précipité albumineux 
blanc qui est toxique. 

Le persulfate d'ammoniaque ne forme pas de précipité, et 
le mélange de une partie de venin avec 20 parties de ce sel ne 
tue plus. Mais les injections de persulfate d'ammoniaque 
dans les tissus sont impuissantes à empêcher l'absorption du 
venin inoculé. 

Le permanganate do potasse qui, après les travaux de 
Lacerda, fut regardé pendant (|uelque temps comme le 
meilleur antidote du venin d'Ophidiens, forme avec ce venin 
un coagulum albumineux, noir, insoluble dans l'eau ; avec le 
même venin chauflé à 80 degrés et dépouillé de son albumine 
par tiltration, le précipité prend un aspect poussiéreux, 
brunâtre. 

Je l'ai expérimenté sur des Pigeons, des Poules, des Lapins, 
des Cobayes et des Rats, en faisant usage d'une solution au 
centième stérilisée. 

Les animaux auxquels j'ai injecté une partie de venin 
mélangée préalablement avec dix parties de la solution de 
permanganate au centième ont tous résisté, alors que les 
témoins inoculés avec les mêmes doses de venin pur sont 
tous morts. 

Si l'on prati(|ue à un animal un peu résistant, conune le 
Lapin, une injection intra-musculaire de venin à dose 
mortelle, et, aussitôt après, une injection de permanganate 



32 LE VENIN DES SERPENTS 

de potasse dans le trajet mèine de la première inoculation, 
l'animal ne succombe presque jamais. Cependant si l'on tarde, 
ne fût-ce qu'un très court instant, à injecter le permanga- 
nate au point même où le venin a clé introduit, l'enveni- 
mation suit son cours normal. Vulpian avait démontré que 
le permanganate se décompose immédiatement au contact des 
tissus et qu'il ne peut agir sur le venin que par mélange, 
mais non à distance, comme le pensait Lacerda. Les expé- 
riences que j'ai faites me conduisent à la même conclusion. 
L'eau bromée mélangée au venin détruit son pouvoir 
toxique ; injectée dans les tissus, même dix minutes après 
l'inoculation, elle est encore efficace; au-delà elle ne l'est plus. 
On peut injecter l'eau bromée diluée au 1/3 sans produire 
d'abcès ni d'escharres , mais ces injections sont très 
douloureuses. 

L'hypobromite de soude n'a aucune action modificatrice. 
L'eau chforée offre les mêmes propriétés et les mêmes incon- 
vénients que l'eau bromée. 

Le chlorure de chaux et les hypochlorites alcalins forment 
avec tous les venins un précipité insoluble et complètement 
inoflensif. 

Il en est de même du chlorure d'or. 

Le chlorure de platine donne également un précipité, mais 
ce dernier est soluble dans l'eau et il n'altère que lentement 
la toxicité du venin. 

Avec l'acide picrique il se forme un précipité que le 
chauffage fait disparaître, mais qui réapparaît après le 
refroidissement. 

L'acide chromique en solution à 1 p. %, préconisé par 
Kaufmann en 1889 contre le venin de Vipère, détruit 
également bien tous les venins par mélange, en donnant un 
précipité insoluble ; mais il présente au contact des tissus 
les mêmes inconvénients de décomposition rapide que le 
permanganate de potasse et, en outre, il produit fréquemment 
des escharres à cause de sa causticité très grande. 



CHAPITRE VI 



Nature chimique des yenins 

Ces diverses réactions cliiniiques peuvent-elles nous 
éclairer sur la nature des principes toxi(|ues du venin? 

On a longtemps discuté et l'on discute encore la question 
de savoir si ces principes toxi(|ues sont des albumines et à 
quelles sortes d'albumines ils appartiennent. Le professeur 
A.Gautier les avait d'abord considérés conune des ptomaïnes, 
mais cette conception ne tarda pas à être abandonnée par 
leur auteur dès qu'il eût constaté (|ue, physiologiquement, 
ces ptomaïnes, isolées par lui du venin de Cobra capel, 
n'avaient aucun rapport avec l'envenimation. 

Wcir Mitchell et Reichert admettent que le venin renferme 
trois corps protéiques distincts, dont deux solubles et un 
insoluble dans l'eau distillée. 

Le premier de ces protéides serait une peptone fpeptic- 
venomj, dont l'action, très lente, ne donne lieu qu'à des effets 
locaux, œdèuie et ulcération. 

Le second ressemble aux para-glohuUnesi^globulin-venomJ; 
sa virulence est très considérable et il donne lieu à une 
énorme infiltration de sang dans les tissus environnant le 
lieu de l'injection. 

Le troisième est Valbumen-venom; sa toxicité est très 
douteuse. 

Le professeur Halford, de Melbourne, et de Lacerda, de Rio, 
avaient cru constater que le venin était capable de digérer la 

Calnietlf. — 3. 



34 LE VENIN DES SERPENTS 

fibrine et l'albuiinne cuite. Tous les expérimentateurs qui ont 
voulu vérifier ce l'ait l'ont reconnu erroné. 

C. J. Martin et Mac Garvie Smith, de Sydney, ont étudie la 
composition du venin de Pseudechis jJorphyriacus d'Australie. 
Ils trouvent que ce venin renferme une protéide coagulable 
par la chaleur (albumine ou globuline) et une ou plusieurs 
protéides non coagulables, qui peuvent être soit des albunii- 
nates acides, soit des albumoses ou des peptones. 

J'ai constaté, de mon côté, (jue toutes les albumines qu'on 
peut séparer du venin par chauffage discontinu à des tempé- 
ratures variant entre 70 et 9o degrés, ne possèdent aucun 
pouvoir toxique. 

Si on dialyse pendant vingt-quatre heures, dans un courant 
d'eau stérile, le venin ainsi débarrassé de toute l'albumine 
qu'il contenait, on en sépare les sels, et on obtient, dans le 
dialyseur, une substance qui, desséchée rapidement au moyen 
du vide, présente l'aspect d'une poudre brune, amorphe. Cette 
substance est quarante fois plus toxique que le venin 
desséché normal. Elle tue d'ailleurs en reproduisant toute la 
série des phénomènes classiques de l'envenimation. 

Elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool à vingt degrés, 
précipitée par l'alcool fort, ainsi que par les hypochlorites 
alcalins, le chlorure d'or, l'eau bromée, le permanganate de 
potasse, l'acide chromique, la soude et la potasse en solutions 
concentrées, le sulfate de magnésie à saturation. 

Les précipités de cette substance avec l'alcool, les alcalis 
et le sulfate de magnésie peuvent se redissoudre dans l'eau 
et récupérer leurs propriétés toxiques. Au contraire les préci- 
pités formés avec le chlorure d'or, les hypochlorites, le 
permanganate, l'eau bromée et l'acide chromique, ne se 
redissolvent pas et restent physiologiquement inactifs. 

Dans un précipité de venin ainsi dcsalbuniinc, puis dialyse 
et traité par le chlorure d'or, j'ai fait passer un courant 
d'hydrogène sulfuré pour précipiter tout l'or à l'état de 
sulfure; j'ai filtré, neutralisé avec une petite quantité de 



LE VENIX DES SERPENTS 35 

solution de soude faible, puis évaporé dans le vide. Le résidu 
que j'ai ainsi obtenu, repris par l'eau, n'était pas soluble 
et restait dépourvu de tout pouvoir toxique. 

Que conclure de ces faits? — Ils ne nous renseignent 
évidemment pas sur la nature exacte des venins, mais ils 
nous indiquent suffisamment quelles affinités étroites présen- 
tent ces corps avec les diastases et les toxines microbiennes 
ou végétales, c'est-à-dire avec les enzymes. 



CHAPITRE VII 



Action neutralisante des hypochlorites alca- 
lins et du chlorure d'or sur le venin des 
Serpents. 

De toutes les sultstances rliimiques dont j'ai expérimenté 
l'action, les hypochlorites alcalins et le chlorure d or sont les 
seules dont l'efEcacité soit certaine et dont remploi en injec- 
tions hypodermiijues ne présente aucun danger (1). 

Il suffit de trois gouttes d'une solution à 1/60 de chlorure 
de chaux sec ou d'hypochlorite de soude pour détruire im- 
médiatement, in vitro, l'activité de 1 milligramme de venin 
de Cobra ou de 10 milligranunes de venin de Vipère dissous 
dans 1 ce. d'eau. 

On peut injecter de grandes quantités de ces hypochlo- 
rites dilués dans les tissus, dans les séreuses et même dans 
les veines sans provoquer aucun accident. Ils sont encore 
très efficaces lorsqu'on les injecte au bout d'un temps relati- 
vement long après l'inoculation venimeuse, et à une grande 
dislance du point inoculé. 

Les hypochlorites de soude ou de potasse, toujours forte- 
ment alcalins, ont l'inconvénient d'occasionner d'assez vives 
douleurs et de produire des escharres, surtout si on emploie 

(1) Calmette. Annales de l'InstiUit Pasteur, mai 1874. 



LE VENIN DES SERPENTS 37 

des solutions oïdinaircs du commerce donl la teneur en 
chlore varie de 11 à 15 litres |)ar 1.000 cent. cui)es. 

Le chlorure de ciiaux sec, purifié, est d'un emploi plus 
counnode ; grâce à sa faible alcalinité il n'irrite pas les tissus 
et ne provoque aucune souffrance chez les animaux. 

Je me suis servi, dans la plupart de mes expériences, de 
solutions de chlorurf» dechaux à 1/12, titrant 4 1.232 de chlore 
par 1.000 ce, et que je diluais, au moment de l'usage, dans 
3 ou D parties d'eau; je ramenais ainsi la dilution à injecter 
au titre de 1 1. 410 ou 1. 846 de chlore par 1.000 ce. Ou 
peut, dans ces conditions, en injecter 10 à 30 ce. aux Lapins, 
sous la peau ou dans le péritoine, sans avoir à redouter aucun 
accident. 

L'injection intraveineuse de cette même quantité d'hypo- 
chlorite est également bien supportée, mais elle ne réussit 
piesquc jamais à empêcher l'envenimation, tandis que l'in- 
jection sous-cutanée se montre toujours très efficace. 

Chez les animaux inoculés avec une dose de venin mortelle 
en uioins de deux heures, on peut sûrement euipêcher la 
uiort en injectant la solution d'hypochlorite de chaux dans 
les vingt premières minutes après l'inoculation venimeuse. 
L'injection doit être faite, bien entendu, en piqûres dissé- 
minées autour du lieu d'inoculation, et en divers points du 
corps de l'animal. 

Au-delà de vingt uiinutes et jus(|u'à une demi-heure, 
l'intervention est encore très souvent suivie de guérison. 
Passé ce délai elle est presque toujours inutile. Cette action 
suspensive de l'hypochlorite de chaux sur les phénomènes de 
l'envenimation est due à ce fait <[ue l'hypochlorite détruit 
d'abord tout le venin non encore absorbé (|ui reste au niveau 
de l'inoculation; ensuite, grâce à sa diffusion rapide à travers 
les tissus et à sa décomposition lente, il agit à distance sur 
une partie du poison qui est déjà entré dans la circulation. 

MM. Roux et Vaillard ont observé les mêmes effets favo- 
rables des hypochlorites alcalins à l'égard de la toxine 



38 LE VENIN DES SERPENTS 

télanique, non seulement in vitro, mais même clans l'orga- 
nisme (les animaux inoculés avec des doses mortelles de cette 
toxine, et qui ont guéri à la suite d'injections répétées 
d'hypochlorites de soude ou de chaux. 

Le chlorure d'or en solution à 1/100, (jue mes expériences 
do 1891, faites au laboratoire bactériologique de Saigon, 
m'avaient conduit à recommander pour le traitement des 
personnes mordues, agit innitro avec autant d'énergie que 
les liypochlorites, mais son action s'épuise beaucoup plus 
vite dans les tissus, et il ne permet d'arrêter l'envenimation 
que si on l'injecte peu d'instants après l'inoculation du 
venin. 

Depuis trois ans, le traitement des morsures de Serpents 
venimeux chez l'honmie au moyen des injections intersti- 
tielles de chlorure de chaux ou de chlorure d'or a été employé 
avec un plein succès par beaucoup de médecins. Dans l'Inde 
on l'applique à peu près partout, et en Australie, depuis les 
travaux confirmatifs des miens qu'à publiés le docteur 
Halford, professeur à l'Université de Melbourne, on l'a 
adopté, concurremment aux injections de strychnine que le 
docteur Mueller, de Victoria, avait préconisées en 1889. 

La uiéthode de Mueller repose sur ce fait que les personnes 
intoxiquées par le venin des Serpents peuvent tolérer des 
doses considérables de strychnine et que les effets physiolo- 
giques de cette substance sont opposés à ceux produits par 
l'envenimation. 

11 paraît indiscutable (jue, dans beaucoup de cas, la 
strychnine à doses faibles agit favorablement chez les 
personnes mordues par des reptiles; c'est un puissant 
toni(|ue du système nerveux. Mais elle n'a aucune propriété 
réellement antid()ti(|ue à l'égard du venin, et, chez les 
animaux, elle n'exerce aucune action favorable. 

Voici couunent M. le docteur Mueller dirige le traitement 
des personnes mordues ; il injecte 1 centigr. de strychnine 
et répète la dose si la pâleur et la faiblesse du pouls persis- 



LE VENIN DES SERPENTS 39 

tent ; puis il donne de l'alcool en grande quantité. On ne doit 
pas permettre au malade de s'endormir la nuit suivante, et 
au moindre signe de faiblesse musculaire on lui fait prendre 
par la bouche une petite quantité de solution de strychnine, 
puis on renouvelle les injections jusqu'à ce qu'il y ait des 
symptômes de frémissement musculaire indiquant que la 
limite de toxicité est atteinte. 

Les Chinois, depuis des siècles, se servaient de ce même 
remède, dont ils avaient remar(|ué l'action bienfaisante, non 
seulement contre les morsures de Serpents, mais aussi contre 
la rage : ils administraient aux mordus des pilules de lioang- 
nan {écoixe du strurlinos gaiitheriana). Dans l'Amériiiue du 
Sud les indigènes emploient pour combattre la morsure des 
Bothrops les noix du ccdron qui contiennent un alcaloïde 
(cédrine) dont les effets ressemblent à ceux de la strychnine. 
MM. Dujardin-Beaumetz et le docteur Restrepo (Acad. do 
méd. 1881, p. 953) ont essayé l'action alexipharmaciue de ces 
substances et ont reconnu qu'elles ne produisaient aucun 
résultat utile. 

Tous les venins que j'ai expérimentés sont rendus inoffen- 
sifs par le mélange avec une très faible proportion d'hypo- 
chlorile de chaux ou de chlorure d'or. Le traitement local 
des morsures de Serpents venimeux par les lavages et les 
injections hypodermiques d'hypochlorite de chaux à 1/60 
(titrant environ l. 830 à I. 900 de chlore par i.UOO c. c.) 
est parfaitement efficace, quelle que soit l'origine du venin. 

11 s'ensuit que, dans tous les cas, en présence d'une 
morsure de Serpent dont on n'a pu reconnaître l'espèce, la 
prendère précaution à prendre est de laver la |)laie avec une 
solution d'hypochlorite à 1 p. 60, aussi récente ({ue possible ; 
de faire une ligature sur le membre mordu pour arrêter, 
pendant (piel(|ues instants, la circulation en retour, et de pra- 
tiquer, tout autour de la morsure, liuit à dix injections dissé- 
minées d'hypochlorite, de 1'='^ chacune. On peut, aussitôt après, 
enlever la iiiialure et frictionner légèrement la région lésée. 



CHAPITRE VIII 



Immunité des Serpents contre le venin. — 
Toxicité du sang des Serpents venimeux 
et des Anguilles. 

Plusieurs physiologistes, parmi lesquels il convient de 
citer Fonlana, R. Blanchard, Phisalix et Bertrand, S. Jour- 
dain, ont signalé la présence de glandes venimeuses chez la 
Couleuvre ou chez d'autres Ophidiens non venimeux, et ont 
expliqué par l'existence d'une sécrétion interne du venin, 
l'immunité dont jouissent ces animaux à l'égard de ce poison. 

On sait également, d'après les travaux des mêmes expé- 
rimentateurs, que le sang de la Vipère, celui de la Sala- 
mandre et du Crapaud sont toxiques. J'ai reconnu, de mon 
côté (Soc. de biologie, 13 janvier 1894), que le sang du Cobra 
capel possède les mêmes propriétés. 

Depuis, j'ai pu m'assurer qu'il en est ainsi pour toutes les 
espèces d'Ophidiens venimeux que j'ai eu l'occasion d'étudier 
au laboratoire; mais, fait très important et qui n'a pas été 
signalé, j'ai constaté que le pouvoir toxique du sang d'Ophi- 
dien est sensiblement le même quelle que soit l'espèce du 
Serpent qui l'a fourni, tandis que nous savons que les venins 
présentent, au contraire, entre eux, de grandes différences 
de toxicité. 

Le sang de Naja tripudians, celui de Naja haje et celui de 
Vipère à cornes (Céraste) tuent le Cobaye à la même dose 



LE VENIN DES SERPENTS 41 

que celui de la Vipère de France (i/2 ce. par voie inlrapéri- 
toncale). Il en est de même du sang de Crotale. 

Par voie sous-cutanée, la dose minima mortelle pour les 
trois premiers est de 2 ce. Le sang de Vipère et celui de 
Crotale sont un peu moins toxiques : on ne tue sûrement le 
Cobaye qu'avec 3 ce. injectes sous la peau. 

J'ai étudié, ])ar comparaison, le sérum d'Anguille, dont 
Mosso, de Turin, avait déjà démontré la toxicité, et j'ai 
trouvé (|u"il en fallait 3 ce. pour tuer un Cobaye, et ce. 25 
pour tuer une Souris (par injection sous-cutanée). 

Ou suppose généraleiuent aujourd'hui que le sang des 
Oithidiens venimeux ou non venimeux, connue celui de la 
Salamandre et du Crapaud, est toxique parce qu'il contient 
une certaine quantité de venin en dilution dans la masse du 
li(|uide. 

J'ai pensé que, si cette hypothèse était exacte, il serait 
facile de la vérifier en profitant de ce l'ait que le venin n'est 
pas modifié par le chauffage à 68°. En chauffant du sang 
d'Ophidien pendant dix minutes à cette teuipérature, le venin 
contenu dans ce sang ne devait pas être altéré, et en l'ino- 
culant dans le péritoine d'un Cobaye, on obtiendrait les 
mêmes effets d'intoxication que s'il s'agissait de sang non 
chauffé. 

J'ai exécuté cette expérience avec le sang de quatre 
espèces de Serpents : Naja tripudians. Naja haje, Crotale et 
Céraste, et j'ai injecté chaque fois le sang chauffé dans le 
péritoine de deux Cobayes et de deux Souris. Tous mes ani- 
maux ont survécu, alors que ceux qui recevaient le sang non 
chauffé, aux mêmes doses, sont tous morts. 

La même expérience, répétée avec du sang d'Âiuiuille, m'a 
donné un résultat identique. 

J'en conclus que le pouvoir toxique du sang des ophi- 
diens venimeux et des anguilles n'est pas dû à la présence 
du venin en nature dans ce liquide, mais qu'il faut l'attribuer 
à d'autres principes diastasiques cellulaires à déterminer. 



42 LE VENIN DES SERPENTS 

Peut-être ces principes diastasiques sont-ils eux-mêmes des 
éléments constituants du venin, car, on l'absence de tout 
chauffage, on constate que le sang de Serpent et celui d'An- 
guille, mélangés par parties égales avec du sérum antive- 
nimeux, ne tue pas. 

Le sang des Serpents ne produit pas, chez les animaux 
auxquels on l'inocule, des effets semblables à ceux du venin. 
Il ne tue jamais dans un délai très court. Même les Souris, 
avec de fortes doses de sang, succombent rarement en moins 
de deux ou trois heures, et les Cobayes en moins de six 
heures. Lorsqu'on inocule les animaux dans le péritoine, on 
constate toujours une inflammation énorme des intestins et 
de la paroi au niveau du point inoculé. L'injection sous- 
cutanée produit des effets moins intenses, mais elle s'accom- 
pagne d'un œdème considérable. 

J'ai pu constater, d'autre part, que les animaux cjui ont 
subi une première inoculation de sang de Serpent à dose 
non mortelle peuvent ensuite supporter une injection de 
venin équivalente au double de la dose mortelle ; ils sont 
donc partiellement vaccinés. Au contraire les Cobayes 
vaccinés contre le venin périssent si on leur injecte dans le 
péritoine ou sous la |)eau la même quantité de sang de 
Serpent qui tue les téuioins non vaccinés. 

Tous ces faits montrent bien que, comme je le disais 
toul-à l'heure, le sang des Opiiidiens venimeux ou non 
venimeux et celui des Anguilles renferment un principe 
diastasique particulier, différant du venin par ses effets 
physiologi(|ues et par sa manière de se comporter vis-à-vis 
de la chaleur, mais dont les éléments entrent sans doute en 
jeu pour constituer cette sécrétion spéciale. 



CHAPITRE IX 



Immunité naturelle de certains animaux 
à l'égard du venin 



On a siiiiialt' (lopiiis longtemps ce fait que certains 
animaux à sang chaud, le Mangouste, le Porc et le Hérisson, 
par exemple, présentent une immunité naturelle à l'égard 
des morsures de Serpents. Le Porc dévore très volontiers 
les Vipères et on le dresse mémo, dans (|uel(|ues pays, à 
détruire ces reptiles. 

Pendant mon séjour en Indo-Cliine, j'ai inoculé à un 
jeune Porc une dose de venin de Cobra capable de tuer un 
Chien de forte taille : l'animal a résisté ; mais je n'ai pas 
répété cette expérience. A l'Institut Pasteur, j'ai étudié 
un échantillon de sérum de Porc provenant de l'abattoir ; 3 ce, 
occ, e! 8 ce., de ce sérum mélangés à une dose mortelle 
de venin de Cobra, n'ont manil'csté aucun efïet antitoxi(|ue 
in l'itro. Les Lapins (pii avaient reçu ces mélanges, et 
d'autres (pii avaient reçu 10 ce. de sérum de Porc préven- 
tivement, sont morts dans le même temps (|ue les témoins 
inoculés avec la dose mortelle de venin diluée dans 8 ce. d'eau. 
Grâce à l'obligeance de M. le niédecin en chef des colonies 
Lecorre et de M. Pignet, piiarmacien des colonies, j'ai pu me 
procurer six Mangoustes vivants provenant de la Martini(|ue, 
et j'ai constal('' (|ue le dicton antiliien (\u\ attribue à ces 
petits carnassiers (Viverridés, g. herpestox) une inmmnité 



44 LE VENIN DES SERPENTS 

réelle à l'égard des morsures de Trigonocéphale i'er de lance, 
est partiellement justifié. Les Mangoustes ont été importés 
de la Barbade à la Guadeloupe, il y a vingt-cin(| ans, en vue 
de détruire les Rats dans l'île. On cherche aujourd'hui à les 
répandre à la Martinique parce qu'ils font une guerre 
acharnée aux Serpents et aux Rats, qui abondent dans les 
plantations de canne à sucre, pour le plus grand malheur 
des colons. 

Les six Mangoustes rpii m'ont été envoyés avaient été 
capturés à la Guadeloupe, où il n'existe pas de Serpents 
venimeux. 

Pendant leur séjour à la Martinique, ils étaient restés en 
captivité : leur immunité à l'égard du venin ne pouvait donc 
pas provenir d'une accoutumance aux morsures de reptiles 
venimeux. 

Dès leur arrivée au laboratoire, j'ai placé l'un de ces 
Mangoustes dans une cage en verre avec un Cobra capel de 
forte taille. Le Cobra se dressa aussitôt en dilatant son cou 
et se jeta avec fureur sur le petit carnassier qui, se dérobant 
avec agilité, put éviter d'être saisi et se réfugia, un instant 
effaré, dans un coin de la cage. Mais, très vite revenu de sa 
stupeur, au moment même où le Cobra s'apprêtait à fondre 
de nouveau sur lui, le Mangouste se précipita, la gueule 
ouverte, sur la tête du reptile, lui mordit vigoureusement 
la mâchoire supérieure et lui brisa le crâne en quelques 
secondes. 

Au point de vue expérimental, cette bataille' aussi émou- 
vanlo que rapide ne nous apprenait pas grand chose, si ce 
n'est qu'un Mangouste de la taille d'un gros Ecureuil peut 
facilement venir à bout d'un Cobra de deux mètres de lon- 
gueur. Il était impossible de savoir sûrement si le Man- 
gouste avait été mordu par le reptile. 

J'inoculai donc, par comparaison, un second Mangouste 
avec 1 millier, de venin (dose mortelle en trois heures pour 



LE VENIN DES SERPENTS 45 

deux kilogr. de La|)in), ranimai résista parfaileriient à cette 
inoculation et n'éprouva pas le moindre malaise. 

Je prélevai alors du sang- à trois autres Mangoustes en 
leur liant une carotide, sans les sacritier. Ce sang, MK'langé 
à du venin ou injecté préventivement à des Lapins, présente 
un pouvoir antitoxique manifeste, mais insufTisant pour 
préserver sûrement les animaux de la mort. Tous les Lapins 
qui ont reçu préventivement une dose variant de 2 à 7 ce. 
de sérum de Mangouste ont succombé à l'inoculation veni- 
meuse, mais avec un relard considérable sur les témoins. 

J'ai cherché à déterminer la limite de tolérance du 
Mangouste à l'égard du venin. Deux de ces animaux qui 
n'avaient jamais été mis en contact avec des Serpents au 
laboratoire, et qui n'avaient jamais été inoculés, ont reçu 
l'un une dose de venin (luatre fois mortelle, l'autre une dose 
six fois mortelle pour le Lapin. Le |)remier n'a pas été 
malade; le second est resté souffrant pendant deux jours 
puis il s'est rétabli. 

Un troisième Mangouste, auquel j'ai injecté une dose huit 
fois mortelle pour le Lapin, a succombé en douze heures. 

Le Mangouste des Antilles est donc peu sensible au venin ; 
il est capable de supporter sans malaise des doses très consi- 
dérables relativement à sa taille, mais son immunité n'est 
pas absolue. S'il triomphe le plus souvent dans ses luttes 
avec les Serpents venimeux, c'est surtout grâce à l'agilité 
extrême dont il est doué. 



CHAPITRE X 



Immunité acquise des charmeurs de Serpents 
et des chasseurs de Vipères 

On sait que l'Inde est le pays par excellence des charmeurs 
de Serpents. Il y existe toute une caste d'individus appelés 
mal qui font le métier de captiver et de vendre des Serpents, 
mais qui ne jonglent pas avec eux. Les charmeurs ou Psijlles 
se recrutent dans une autre caste, celle des Sa7îgis, ou 
TubriwaUahs du Bengale. 

Ces Psylles manient le Cobra capel avec une habileté 
réellement merveilleuse. Tous les voyageurs qui ont eu 
l'occasion de relâcher dans un port de la côte indienne ont 
été témoins de scènes semblables à celle dont Natalis Rondot 
a fait le récit : 

« Vers six heures du soir, un jongleur hindou vient à 
bord. 11 est pauvrement vêtu, coiffé d'un turban orné de trois 
plumes, et porte plusieurs colliers de ces sachets à amulettes 
({u'on appelle au Sénégal uris-gris. Il a un Cobra capello à 
lunettes dans une corbeille plate. 

» Cet homme s'installe sur le pont; nous nous mettons 
sur le banc de quart, les matelots font cercle. 

» La corbeille est posée sur le pont et découverte. Le 
Capel est tapi au fond. Le jongleur s'accroupit à quelques pas 
de distance et se met à jouer un air lent, plaintif, monotone, 
avec une espèce de petite clarinette dont les sons rappellent 



LE VENIN DES SERPENTS 47 

ceux du biniou brelon. Le Sei|)enl se remue peu à peu, 
s'allonge, puis se dresse. Il ne quitte pas la corbeille. Il 
conniience par se montrer inquiet, il cherche à reconnaître 
le milieu où il est placé, il devient agité, il déploie et tend ses 
ailerons, s'irrite, soufïle fortement |)lutôl (|u'il ne siffle, 
darde souvent et vivement sa langue effilée et fourchue ; il 
s'élance violemment plusieurs fois comme pour atteindre le 
jongleur ; il tressaille fréquemment ou plutôt fait de 
brusques soubresauts. Le jongleur a les yeux toujours fixés 
sur le Capel et le regarde avec une fixité singulière. Au bout 
de quelque temps, dix à douze minutes environ, le Capel 
devient moins animé, il se calme, puis se balance comme s'il 
était sensible à la cadence lente et monotone du musicien; 
il darde sans cesse sa langue avec une vivacité extrême; 
peu à peu il est amené à un certain état de somnolence. Les 
yeux qui, d'abord, guettaient le jongleur conane pour le 
surprendre, sont en quelque sorte immobilisés et fascinés 
par le regard de celui-ci. L'Hindou profite de ce moment de 
stupéfaction du Serpent pour s'approcher lentement de lui 
sans cesser de jouer, et, sur la tète du Capel, il pose une 
première fois le nez et une seconde fois la langue. Bien cpie 
cela ne dure qu'un instant, le Capel se réveille en sursaut et 
le jongleur a à peine le temps de se rejeter en arrière pour 
n'être pas atteint par le Serpent qui s'élance sur lui avec 
fureur, 

» Nous doutons (jue le Capel ait encore ses crochets et 
que, pour cet Indou il y ait danger réel à l'approcher. Nous 
promettons à notre hounmne une piastre d'Espagne s'il fait 
mordre deux Poules par le Serpent. On prend une Poule 
noire, qui se débat très vivement, et on la présente au 
Capel. Celui-ci se dresse à demi, regarde la Poule, la mord 
et la lâche. La Poule est laissée libre; elle s'échappe effarée. 
Six minutes après, montre en main, elle vomit, raidit les 
pattes et meurt. Une seconde Poule est mise en face 



48 LE VENIN DES SERPENTS 

du Serpent; il la mord deux fois: elle meurt en huit 
minutes (1). 

Certains jongleurs exhibent des Serpents auxquels ils ont 
pris soin d'arracher les crochets ou d'extirper les glandes, 
mais il est incontestable que beaucoup d'entre eux, — je 
m'en suis assuré — exécutent leurs exercices avec des 
Cobras munis de leur appareil venimeux absolument intact. 
C'est grâce à une connaissance parfaite des habitudes et des 
mouvements du reptile qu'ils évitent presque toujours d'être 
mordus. Néanmoins il leur arrive parfois des accidents et 
chaque année quelques-uns succombent au cours de leurs 
jongleries. Il ne paraît donc pas qu'ils sachent se donner 
l'immunité contre le venin par un procédé quelconque. 

Cependant, dans un travail publié en 1895 (British 
med. Journal, 17 août), le Professeur Fraser, d'Edim- 
bourg, cite un certain nombre d'expériences effectuées 
sur des Rats blancs et sur des jeunes Chats, dans son 
laboratoire, desquelles il résulterait que l'ingestion du 
venin, longtemps prolongée, finit par rendre ces ani- 
maux absolument réfractaires à l'inoculation sous-cutanée 
de doses plusieurs fois mortelles du même venin. Il en 
conclut que, probablement, ce procédé de vaccination 
doit être en usage chez les charmeurs de Serpents. 

Je dois dire que, à diverses reprises, j'ai cherché 
sans succès à contrôler ces faits, annoncés par M. Fayrer. 
J'ai réussi à faire absorber à des Lapins, à des Cobayes 
et à des Pigeons des doses énormes de venin de Copra 
capel par la voie gastrique. 

J'ai administré ainsi jusqu'à des doses mille fois 
mortelles, et jamais je n'ai pu constater, contrairement à 
ce qui se produit pour l'abrine et la ricine (Ehrlich), 
que le sérum de ces animaux fût devenu anti-toxique, 
même à un faible degré. Il me paraît certain que le 

(1) A. E. Brehm, les Reptiles, éd. française, p. 430. 



LE VENIN DES SERPENTS 49 

venin n'est ni délruil, ni absorbé dans le tube digestif, 
comme l'ont montn^ d'ailleurs les expériences de Répin 
(Ann. de l'inst. Pasteur, juin 189o). Cette non absorption 
tient vraisemblablement à ce l'ait que le venin ne dialyse 
à travers les membranes qu'avec une extrême lenteur. 

Au Mexique, certains Indiens appelés Curados de Culebras 
savent ac(|uérir le privilège de pouvoir être mordus par 
les Serpents les plus venimeux sans qu'il en résulte le 
moindre danger pour leur existence, en s'inoculant plusieurs 
lois avec des dents de Crotales. Pendant un séjour à ïuxpan, 
le Docteur Jacolot, médecin de la marine, a fait une 
en(iuête sur ces Curados de Culebras et il a pu se convaincre 
que leur iuununité est bien réelle. 

Voici (piel est le procédé de vaccination e;iqiloyé par 
les indigènes de Tuxjjan : 

Un traitement préparatoire est nécessaire. Le jour même 
où l'on doit s'inoculer ou se faire inoculer, on prend de 
cinq à quinze tubercules d'une plante connue sous le nom 
de mano de sapo (main de Crapaud, dorstenia contrayerva). 
Il faut, et ceci est bien nécessaire, que ces tubercules soient 
administrés un vendredi et toujours en nombre impair, 
cinq, sept, neuf, etc., jusqu'à (juinze, suivant la tolérance du 
sujet. 

Si la plante est cueillie le premier vendredi du mois 
de mars, elle jouit de ses propriétés merveilleuses au 
plus haut degré; alors, même si elle est sèche, elle est 
encore excellente pour préparer à l'inoculation. Ordinaire- 
ment, la racine du iikuio de sapo est prise fraîche. Autre 
précaution indispensable, il faut s'ahsti'nir, pendant qu'on 
est soumis à ce traitement, de tout rapprochement sexuel 
pendant trois jours après la première inoculation, pendant 
deux jours après la deuxième, et un jour après la troisième. 

On se sert, pour l'inoculation, d'une grosse dent de Crotale. 
Il faut que le Serpent soit tué un vendredi et les crochets 
détachés le même jour. 

Cfilmetle. — 4. 



50 LE VENIN DES SERPENTS 

On commence l'inoculation à la face dorsale du pied 
gauche; il faut éviter avec soin de tomber sur une veine. La 
peau est déchirée avec l'extrémité du crochet de manière à 
ce qu'elle saigne un peu. 

Du pied gauche on passe au poignet droit, puis au pied 
droit et au poignet gauche, toujours en alternant d'un côté 
du corps à l'autre. On continue à la cuisse gauche, puis 
au bras droit , et réciproquement cuisse droite et bras 
gauche. 

Tous les membres sont ainsi inoculés. Au tronc on fait 
une inoculation au milieu de la hauteur du sternum, sur la 
ligne médiane; — une autre à la nu(|ue, enlin une à la tête 
sur le milieu du front. 

En tout onze inoculations. 11 faut, au minimum, sept 
séries d'inoculations pareilles pour mettre avec certitude un 
homme à l'abri des maléhces du Serpent, et en même temps 
pour lui conférer la faculté de guérir par succion les mor- 
sures des Serpents les plus venimeux (1). 

La mystification et les idées superstitieuses jouent, on le 
voit, un très grand rôle dans ce traitement préventif auquel 
se soumettent les Curados de Cw/eb/as de l'Amérique centrale, 
mais il n'est pas surprenant que, grâce à ces inoculations 
successives, ils parviennent à acquérir une immunité sulTi- 
sante pour les préserver des morsures ordinaires des Serpents. 
Peut-être les charmeurs de Serpents de l'Egypte, de la Tuni- 
sie et certains peuples de l'Inde possèdent-ils des secrets du 
même genre ? Le fait me paraît, en tous cas, très vraisem- 
blable. 

M. d'Abbadie a communiqué récemment à l'Académie des 
sciences (24 février 1896) une note du colonel Serpa Pinto, 
relative à un autre procédé de vaccination utilisé par les 
indigènes du Mozambique, et que le colonel a voulu subir 
lui-même : 

(I) Notes du D-' Jacolot (Arch. de méd, navale, 1867, p. 390). 



LE VENIN DES SERPENTS 51 

« C'est, à Inhaiiibanc (sur la côte orientale d'Afritjiie), 
chez les Vatuas, que j'ai été vacciné. 

» Ils extraient le poison d'un Serpent qui se nonuiie en 
portugais Alcatifa (ce mot veut dire : tapis) et on rap|)elle 
ainsi à cause des variétés de couleur de sa peau qui ressemble 
à un tapis. J'ignore le moyen employé pour obtenir le poison. 
Ce poison est mêlé à des substances végétales et forme avec 
elles une pâte gluante très l)rune. 

» Ils font à la peau deux incisions parallèles, longues de 
cinq millimètres en chaque endroit et y introduistmt la pâte 
(lui contient le poison. Ces incisions sont faites sur les bras, 
près de la jonction du radius et du cubitus avec les os du 
carpe, au revers de la main, au dos, sur les omoplates et aux 
pieds près du gros orteil. Après l'opération ils exigent un 
serment que le vacciné ne tuera jamais de Serpent venimeux, 
parce qu'ils disent que désormais le Serpent est son ami 
intime, et ils lui jettent dessus un Serpent Alcatifa qui ne le 
mord pas. Quand j'ai subi cette opération, j'ai été pendant 
huit jours tout enflé et j'ai eu toutes les souffrances pos- 
sibles. 

» Je n'ai jamais été piqué par aucun Serpent, et je ne puis 
afTirmer que ce remède soit infaillible. Les Vatuas affirment 
que oui et ils ne tuent jamais un Serpent. 

» Peu après avoir été vacciné, j'ai été piqué, aux îles Sey- 
chelles, par un Scorpion qui ne m'a fait aucun mal ; dix ans 
plus tard, lors de ma traversée en Afrique, j'ai été piqué par 
un autre Scorpion qui m'a fait un mal horrible, et j'ai cru 
pendant huit jours que j'allais mourir ou perdre mon bras ». 

En France, dans les départements où les Vipères sont 
très nombreuses, certains individus réputés pour leur 
adresse à capturer ces reptiles jouissent d'une véritable 
immunité à l'égard de leurs morsures. L'un de ces chasseurs, 
qui habite le Jura et auquel je dois une partie du venin dont 
je me suis servi pour mes expériences, peut se faire mordre 
plusieurs fois, dans le même été, impunément. A chaque 



52 LE VENIN DES SERPENTS 

saison, il se fait mordre volontairement une ou deux fois 
pour conserver son immunité intacte; s'il ne prenait pas 
cette précaution il s'exposerait, affiriue-t-il, à des accidents 
graves. 

Ainsi riiomme peut, dans certaines circonstances, acqué- 
rir la faculté de résister à l'intoxication par le venin des 
Serpents. Nous allons voir qu'il en est de même pour les 
animaux. 



CHAPITRE XI 



Vaccination des animaux contre le venin des 
Serpents. — Propriétés du sérum des 
animaux vaccinés. 

Déjà, en 1887, Sewall (Journal of physiology) avait montré 
que l'organisiiie peut devenir graduellement résistant à 
l'action du venin de Serpent comme à celle des virus infec- 
tieux tels que le charbon. Kn injectant de très petites quan- 
tités de venin il avait réussi à rendre des animaux réfrac- 
taires aux effets de doses plus considérables qui tuaient rapi- 
dement d'autres animaux non préparés. 

Un peu plus tard, en 1889, Kaul'mann obtenait le mènje 
résultat au cours de ses études sur le venin de la Vipère. Il 
était arrivé à faire supporter à des animaux des (|uantités de 
poison deux ou trois fois mortelles. 

Dans une communication à la Société de biologie (10 février 
1894) j'ai mentionné les procédés à l'aide desquels j'avais 
réussi à donner aux Lapins et aux Cobayes une immunité 
vraiment solide contre des doses considérables de venin, et 
j'ai montré ([u'un animal immunisé contre le venin de Cobra 
par exemple, l'est aussi contr(^ celui de Vipère ou d'Hoploce- 
plialus, et réciproquement. 

De leur côté, MM. Phisalix et Bertrand annonçaient 
(Acad. des Sciences, 3 février, et Soc. de Hi(»logie, 10 
février 1894) (jii'ils avaient pu donner au Col)aye l'innnu- 



54 LE VENIN DES SERPENTS 

nité contre le venin de Vipère, au moyen d'inoculations 
préventives de ce même venin, chauffé à 80° au bain- 
niarie pendant 10 à 15 minutes. 

On peut donc rendre les animaux réfractaires à l'ino- 
culation d'une dose mortelle de venin, soit par l'accou- 
tumance à des doses répétées, soit, comme je l'ai indiqué, 
par le mélange d'hypoclilorites alcalins ou de chlorure 
d'or avec le venin, soit par le venin modifié par la 
chaleur. 

La première méthode réussit à donner une inmmnité 
très solide contre des doses considérables de poison, mais 
elle est lente et d'une application qui demande à être 
très surveillée. Si on injecte aux animaux des doses 
croissantes très rapprochées, ils ne tardent pas à maigrir 
et succombent. Il faut couimencer par des doses très 
faibles, longtemps continuées, et on auguiente progressi- 
vement la quantité de venin injectée, jusqu'à ce (|ue les 
animaux arrivent, après (]uatre à cinq moi* de traiteuient, 
à supporter, sans être malades, une dose capable de 
donner la mort à '100 animaux neufs. 

J'ai pu obtenir une accoutumance plus rapide au début, 
en insérant à demeure, sous la peau, un petit bâton de craie 
imprégné de 4 ou 5 milligrammes de venin et entouré de 
coUodion : on réalise ainsi une sorte de glande artificielle 
d'où le venin diffuse lentement et d'une manière continue à 
travers le collodion formant membrane dialysante. 

La méthode d'immunisation pour le venin modifié par la 
chaleur ne présente aucun avantage : elle est tout aussi lente, 
et comme le chauffage a simplement privé le venin de ses 
propriétés phlogogènes, les animaux vaccinés contre ce venin 
chauffé auxc[ucls on injecte ensuite de fortes doses de venin 
noruial éprouvent des accidents graves capables d'entraîner 
la mort. De plus cette méthode n'est applicable qu'à la vacci- 
nation des animaux contre le seul venin des 'Vipères du Jura. 
Tous les venins des Serpents des pays chauds, et uiême le 



LE VENIN DES SERPENTS 55 

venin des Vipères du Puy-de-Dôme, comme l'ont constaté 
MM. Pliisalix et Bertrand, ne sont pas transformables en 
vaccin par le chauflage. 

Le procédé le plus sûr qu'il convient d'adopter pour vac- 
ciner des animaux quelconques : Lapins, Cobayes, Chiens 
ou Chevaux, consiste à injecter d'abord pendant quatre 
semaines des quantités croissantes de venin mélangé à des 
quantités décroissantes d'une solution à 1/60 d'hypochlorite 
de chaux. La dose initiale de venin est, bien entendu, va- 
riable, suivant la toxicité relative de celui-ci ; elle ne doit 
pas dépasser la moite de la dose minima mortelle. 

On observe avec soin les variations de poids des animaux 
pour espacer les injections suivant l'état de la santé. Peu à 
peu on arrive ainsi à faire supporter d'abord des doses 
quatre et cinq fois mortelles de venin normal, puis des doses 
doubles, triples, etc., enfin centuples et au-delà. 

Le sérum des animaux immunisés contre les venins par 
l'une quelconque des méthodes précédentes, possède des 
propriétés semblables à celles que Behring et Kitasato, Roux 
et Vaillard ont constatées pour le sérum des animaux 
immunisés contre le tétanos et la diphtérie. 

Ce fait que j'ai mentionné à la Société de Biologie 
(10 février 1894) avait été observé en même temps par 
MM, Phisalix et Bertrand sur les Cobayes vaccinés contre le 
venin de Vipère par le procédé que ces expérimentateurs 
ont décrit. 

Il a été confirmé un an après (British med. journal, juin 
1895) par M. le professeur Fraser, d'Edimbourg, qui a répété 
avec succès presque toutes les expériences dont j'avais 
publié les résultats dans les Annales de l'Institut Pasteur 
(mail894, p. 275). 

Si on mélange in vitro 1 milligramme de venin de Cobra 
ou 4 miligr. de venin de Vipère à une petite quantité de 
sérum de Lapin immunisé, et qu'on inocule ce mélange à un 
Lapin neuf, celui-ci ne présente, dans la suite, aucun malaise. 



56 LE VENIN DES SERPENTS 

Il n'est pas nécessaire que le sérum provienne d'un 
animal vaccin(' contre un venin de même origine que celui 
qu'on introduit dans le mélange: le sérum d'un Lapin immu- 
nisé contre le venin de Cobra ou de Vipère agit indifféremment 
sur tous les venins que j'ai expérimentés. 

L'action du sérum s'exerce aussi bien dans l'organisme, 
avant ou après l'envenimation, que in vitro. Injectons, 
par exemple, dans le péritoine ou sous la peau d'un 
Lapin neuf, un cent, cube de sérum d'un animal immu- 
nisé contre une dose cent fois mortelle de venin, et, 
aussitôt après, inoculons dans les muscles de la patte 
une dose deux fois mortelle de venin pur. L'animal ne 
sera même pas malade ; et si, après l'injection de sérum 
préventif, nous attendons vingt-quatre ou (piarante-huit 
heures avant d'introduire le venin, nous constaterons 
que celui-ci ne produit aucun effet toxique. Notre Lapin 
est donc imnnmisé d'eml)lée par le sérum qu'il a reçu. 

D'autre part, inoculons à un second Lapin la dose 
deux fois mortelle de venin pur, qui tuera un témoin 
à peu près en trois heures. Une heure, ou même une 
heure et demie après, alors que les symptômes de l'enve- 
nimation commenceront à se manifester (régurgitations, 
accélération du cœur, dyspnée, légère parésie des mend^res), 
injectons dans le péritoine et sous la peau en divers 
points du corps deux ou trois ce. de notre sérum immu- 
nisant. 

L'animal reste pendant plus ou moins longtenq:)s dans un 
état de malaise alarmant, caractérisé d'abord par un peu 
d'hypothermie, puis par une fièvre véritable. Sa température 
s'élève de \ degré 5 à deux degrés pendant quarante-huit 
heures, puis redescend graduellement à la normale. Tout 
accident est, dès lors, écarté. 

Le sérum des animaux innuunisés contre les venins est 
donc non seulement capable d'agir sur ces venins in vitro, 
mais il est encore préventif et thérapeutique, exactement 



LE VENIN DES SERPENTS 57 

c.oinine celui des animaux iniiimnisi's contre la diphtérie ou 
le tétanos. 

Le pouvoir aniitoxique in ritro et le pouvoir préventif sont 
naturellement très variajjjes suivant la dose de venin contre 
laquelle l'animal qui fournit le sérum est immunisé. 

Le sérum de Cheval <|ue nous livrons actuellement, à 
rinslilul Pasteur de Lille, est actif au 20.000", c'est-à-dire 
qu'un dixième de centimètre cube de ce sérum injecté sous la 
peau d'un Lapin pesant deux kilogr. suffit à le préserver 
contre l'injection d'une dose de venin capable de tuer un 
Lapin de même poids en moins de huit heures. On obtient le 
maximum d'eflet préventif en injectant le venin douze heures 
après le sérum. 

L'immunité acquise par l'injection de S(''rum est très solide, 
mais elle disparaît dans un délai (|ui, dans mes expériences, 
n'excède pas huit jours. Elle n'est donc pas durable, contrai- 
rement à ce (|ui arrive pour l'immunité produite par les venins 
eux-mêmes. Cette dernière subsiste, chez les Lapins h\ per- 
vaccinés pendant au moins dix mois. 

M. Chalenay, (pii a étudié à l'Inslilut Pasteur, sous la 
direction de M. Metchinofï, le sang et l'œdème sur mes Lapins 
vaccinés et, comparativement, sur des témoins, a montré (|ue, 
chez les animaux vaccinés, cha(iue injection d(> venin s'accom- 
pagne d'une II jjpci'Ieucorytose, très marquée, tandis (|ue. chez 
les animaux non vaccinés, on observe au contraire de ïlnjpo- 
leucocyto.se (1). 

Il n'entre pas dans le cadre de ce petit volume de discuter 
les différentes théories proposées pour cxpli(|uer le mode 
d'action du sérum antivenimeux et des sérums antitoxifjues 
en général sur l'organisme. Je dois dire seulement qu'en ce 
qui concerne du moins le sérum antivenimeux, il paraît 



(1) Les réactions leucocytaires vis-à-vis des toxines végétales et 
animales; Tlièse de Paris, 1894. 



58 LE VENIN DES SERPENTS 

démontré aujourd'hui (|ac ce sérum mélangé au venin n'exerce 
sur celui-ci aucune action destructive. 

M. Roux a communiqué à ce sujet au Congrès de Buda- 
Pesth, en septembre 1894, les expériences suivantes que j'ai 
faites sous son inspiration : 

Si nous mélangeons une dose plusieurs fois mortelle de 
venin avec une dose sufTisante de sérum, le mélange est 
absolument inoffensif pour l'animal auquel nous l'injectons. 

Si nous chauffons ce mèuie mélange à 68 degrés au bain- 
marie pendant cin(j minutes, et que nous l'injections à un 
animal neuf, celui-ci succombe comme s'il avait reçu le venin 
pur. Par le chauffage à 68 degrés, le sérum a perdu tout son 
pouvoir antitoxique sur le venin, et ce dernier, qui n'est 
modifiable qu'à une température beaucoup plus élevée, est 
resté intact. 

Le venin mélangé au séruui n'avait donc subi aucun chan- 
gement dans sa nature et, lorsque nous injectons le mélange 
en l'absence de tout chauffage, le sérum empêche cependant 
le venin de produire des effets toxiques ! 

Par suite, on doit penser que le sérum agit non pas sur 
le venin lui-même, mais sur les cellules de l'organisme, qu'il 
rend en quelque sorte insensibles à l'action du venin. 



CHAPITHE \1I 



Le sérum autiveiiimeiix de Cheval.— Sa valeur 
antitoxique et tliérapeutique. — Son mode 
d'emploi. 

Le procédé que j'emploie pour immuniser les Chevaux à 
l'effet d'obtenir de grandes quantités de sérum antivenimeux 
ne diffère pas beaucoup de celui qui est utilisé pour la pro- 
duction du sérum antidiphtérique. 

On commence par injecter, sous la peau de l'encolure, en 
arrière de l'épaule, des doses graduellement croissantes de 
venin mélangé à une quantité très petite et graduelleuient 
décroissante d'une solution d'hypochlorite de chaux à 1 60. 
Les injections sont répétées tous les quatre ou cinq jours au 
début, ou espacées davantage si les phénomènes locaux sont 
trop accentués. 

En général, au bout de deux mois environ, les Chevaux, 
dont il faut suivre les variations de poids avec la plus 
grande attention, peuvent supporter une dose de venin pur 
capable de tuer 100 kilogrammes de Lapin. A partir de ce 
moment le pouvoir antitoxique de leur sérum est déjà très 
manifeste et les phénomènes locaux deviennent moins graves 
après cha(|ue injection de venin. 

Un délai d'au moins six mois est nécessaire avant 
qu'un sérum soit suffisamment actif pour qu'il puisse 
être euiployé en thérapeutique. L'inmiunisation des Chevaux 



60 LE VENIN DES SERPENTS 

dure donc un temps beaucoup plus long (|ue pour la 
diphtérie : cela tient à ce que le venin est toujours très 
difTicilenicnt toléré par les animaux. Même après un grand 
nombre d'injections, l'œdème local persiste plusieurs jours ; 
il n'est pas accompagné de fièvre, mais le Cheval est 
inquiet, il ne uiange pas, sa respiration est accélérée, 
haletante, il a des sueurs abondantes, puis au bout de 
deux ou trois jours tout rentre dans l'ordre. Si on répète 
les injections trop fréquenmient ou si on les fait trop 
abondantes, l'animal est pris de néphrite, d'hématurie, 
et succombe. 

Le choix du venin (|ui sert aux inoculations des Chevaux 
n'est pas indifférent : je me suis toujours servi, de préférence, 
de celui de Cobra ca|)el de l'Inde, parce que c'est l'un des 
venins les plus actifs, parce qu'il provoque moins d'hc'inorrha- 
gies locales et moins d'oedème que les venins de certaines 
autres espèces telles que les Pseudcchis d'Australie par 
exemple. 

Il existe certainement dans tous les venins de Serpents, 
mais plus particulièrement dans le venin des Vipérid(''S, une 
substance toxi(pie dont l'action phlogogène, très intense, 
s'exerce exclusivement autour du point où l'injection a été 
faite. Cette substance ne paraît pas identique chez toutes les 
espèces de reptiles, car tantôt elle provo(|ue de véritables 
hémorrhagies interstitielles, tantôt elle ne produit qu'un peu 
d'oedème blanc. Elle disparaît facilement par le chauffage 
aux environs de 75' et par l'addition au venin de très petites 
(juantités d'hypochlorite de chaux. 

Lorsque l'immunisation de l'animal à l'égard du venin de 
Cobra est déjà assez avancée, je lui inocule successivement 
des venins appartenant à plusieurs espèces de Serpents, dans 
le but d'éprouver sa résistance à ces divers venins et de 
l'accoutumer aux réactions locales de chacun d'eux. Quand 
il est capable de supporter sans malaise une dose de venin 
mortelle pour 500 kilogr. de Lapin, l'immunisation est jugée 



LE VENIN DES SERPENTS 61 

assez complète. On pratique une saignée d'essai et on éprouve 
le sérum comme pour la diphtérie ou le tétanos. Pour être 
sutTisamment efTicace, le sérum antivenimeux doit être 
préventif au moins à la dose de ce. 1 par kilogr. de Lapin. 
II est alors actif au 1 : 10.000. J'ai déjà dit que celui que nous 
possédons actuellement est préventif à 1 : 20.000, et il nous 
sera facile d'augmenter encore considérablement sa puissance. 

Depuis un an, nous avons envoyé de nombreuses doses 
de ce sérum dans l'Inde, en Australie et en Indo-Cbinc. 
Le Docteur Hankin, directeur du laboratoire bactériologique 
d'Agra (Inde anglaise) et le Docteur Lépinay, directeur 
de l'Institut bactériologique de Saigon, l'ont expérimenté 
scientiûijuenient au point de vue de sa conservation et 
de son efficacité à l'égard des diverses espèces de venin. 
On trouvera plus loin un document relatif à ces essais. 

Dès à i)résent (mars 1896), nous possédons à l'institul 
Pasteur de Lille un nombre suffisant de Chevaux immu- 
nisés ou en cours d'iuununisation pour répondre aux 
besoins de tous les pays où les Serpents venimeux sont 
le plus à redouter. 

Le sérum est envoyé par nous en flacons plombés 
de 10 ce. contenus dans des blocs en bois qui portent 
la date de la préparation. Le laps de temps pendant 
lequel la conservation du sérum est assurée est d'un an. 
Passé ce délai, son pouvoir antitoxique baisse peu à peu: 
il est donc prudent de ne plus s'en servir. Chaque flacon 
est enveloppé d'une instruction relative au mode d'em- 
ploi. Voici le texte de cette instruction : 



INSTRUCTION POUR L'EMPLOI DU SÉRUM ANTIVENIMEUX 

Le sérum antivenimeux est du sérum de Cheval immuuisé 
contre le venin des Serpents. 11 conserve ses propriétés pendant une 
année au moins, si on le maintient dans un endroit aussi frais que 
possiljle ef à l'abri de la lumière, sans sortir le flacon de l'étui qui le 



62 LE VENIN DES SERPENTS 

renferme. A une température supérieure à 50", le sérum devient 
inactif. 

Poucoir préventif . — Le pouvoir préventif de ce sérum est au 
moins de 10.000, c'est-à-dire qu'il suffit d'injecter à des lapins, 
préventivement, une quantité de sérum égale à 1/10,000' de leur 
poids pour leur permettre de supporter douze heures après, sans être 
malades, une dose de un milligramme de venin sec de Cobra capella 
d'activité moyenne, dose capable de tuer des Lapins témoins en 
moins de quatre heures. 

Action thérapeutique. — Le sérum antivenimeux, injecté en 
quantité suffisante au.x personnes mordues par des Serpents, empêche 
les effets du venin si l'intoxication n'est pas arrivée à une période 
trop avancée. Il faut l'injecter le plus tôt possible après la morsure. 
En général, chez les grandes personnes, qui succombent rarement 
moins de trois heures après avoir été mordues par les espèces de 
Serpents les plus dangereuses, l'intervention est encore très efficace 
une heure est demie après la morsure. 

Le sérum est actif à l'égard des venins provenant de toutes les 
espèces de Serpents les plus répandues dans l'Ancien et le Nouveau- 
Monde. 11 a été éprouvé avec les venins du Cobra capella et du 
Trimeresurus de l'Asie, du Naja haje et du Cérastes d'Afrique, du 
Crotalus de l'Amérique, du Bolhrops de la Martinique, des 
variétés de Pseudechis et d'Hoplocephalus d'Australie, et des 
Vipères d'Europe. 

La dose à employer varie suivant l'espèce du Serpent mordeur. 
suivant l'âge de la personne mordue et le moment de l'intervention, 

En général 10 ce. suffisent pour les enfants au-dessous de dix ans, 
et 20 ce. pour les adultes. Néanmoins, lorsque le Serpent mordeui- 
appartient aux espèces très dangereuses, telles que le Cobra capella, 
le Naja haje, le Crotale, le Bothrops de la Martinique, il sera prudent 
d'injecter d'emblée une dose double. 

Traitement des morsures venimeuses. — La première précaution 
à prendre est de serrer le membre mordu, à l'aide d'un lien ou d'un 
mouchoir, le plus près possible de la morsure, entre celle-ci et la 
racine du membre. 

On lavera la plaie avec une solution récente d'hypochlorite de 
chaux diluée à un gramme pour 60 d'eau bouillie environ, et titrant 
à peu près lit. 800 à lit. 900 de chlore par 1000 centimètres cubes. 

On injectera une dose de sérum antivenimeux dans le tissu 
cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc droit ou gauche, avec les 
précautions antiseptiques usuelles. On injectera ensuite avec la même 



LE VENIN DES SERPENTS 63 

seringue, dans le tnijet de la morsure et autour de celle-ci, en trois 
ou quatre endroits différents, quelques centimètres cubes (8 à 10 ce. 
environ) de la solution d'hypochlorite de chaux. Ces injections ont 
pour but de détruire sur place le venin qui n'a pas été aI)sorbé. 

On pourra, dès ce moment, enlever la ligature du membre, 
frictionner le malade, lui faire prendre du café ou du thé et le 
couvrir chaudement pour provo(|iier une abondante transpiration. 

On doit éviter d administrer de l'ammoniaque ou de l'alcool, qui 
ne pourraient qu'être nuisibles au malade et au traitement par le 
sérum. 

Il est inutile df' cautériser le membre mordu au fer rouge ou 
avec des substances chimiques. 

Note importante. — Les médecins qui feront usage du sérum 
antivenimeux sont instamment priés de vouloir bien communiquer 
les résultats qu'ils auront obtenus de son application, au Docteur 
CALMETTE, Directeur de l'Institut Pasteur de Lille (Nord), France. 

Nous demandons instamment aux personnes (|ui se trou- 
vent en mesure de nous procurer du venin de diverses 
espèces de Serpents, qu'elles veuillent bien nous en adresser 
la plus grande quantité possible. Leur collaboration nous 
sera infiniment précieuse, car il est nécessaire que nous pos- 
sédions toujours une réserve considérable de substance 
toxique pour entretenir l'état d'immunité de nos Chevaux 
producteurs de sérum. La récolte du venin sur les Reptiles 
vivants ou morts ne présente aucune difficulté. Voici, à cet 
égard, les conseils que nous croyons devoir donner à toutes 
les personnes de bonne volonté qui voudront bien nous 
prêter leur concours : 



Instructions pour la récolte du venln des Serpents, destiné 
A vacciner les animaux qui fournissent le sérum 

ANTIVENIMEUX 

.4. — Lorsqu'on a à sa disposition des Serpents venimeux 
vivant en captivité, il est facile de leur faire produire pen- 
dant pluîsieurs mois des quantités considérables de venin. 



64 LE VENIN DES SERPENTS 

On dtjit, à cet effet, les enfermer dans des cages grillagées et 
vitrées à l'intérieur, afin qu'ils ne se blessent pas la tête 
contre le grillage. On ménage, sur le panneau supérieur de 
la cage une trappe assez large pour permettre de saisir for- 
tement les Re|)tiles soit avec une canne dont l'extrémité est 
garnie d'un nœud coulant en cuir plat, soit avec une longue 
pince à mors rayés. 

Lorsiiu'on veut récolter le venin, on saisit l'animal par le 
cou avec la canne ou avec la pince, et on rimmol)i!isc solide- 
ment, sans le blesser, contre une planche ou sur une lable. 
On introduit entre les mâchoires du Serpent un verre de 
montre ou un petit verre conique à pied. Le Reptile mord 
aussitôt, à plusieurs reprises, le verre, et y laisse écouler 
une quantité plus ou moins grande de venin. 

On porte imujédiatenienl celui-ci sous une cloche à vide, 
ou, si l'on n'a pas de trompe ni de machine à vide à sa dis- 
position, on peut se contenter de l'évaporer sous un bocal 
quelconque à très large ouverture, en plaçant le verre de 
montre qui contient le venin au-dessus d'un petit récipient 
rempli d'acide sulfuri(|ue ou de chlorure de calcium sec. 

En quelques heures, le venin est desséché. Il ressemble 
alors à une petite masse de résine jaune, écailleuse et frag- 
mentée. On réunit le produit de chaque évaporation dans une 
petite fiole bien bouchée, ou mieux dans un tul)e de verre 
mince qu'on scelle à la lampe à ses deux bouts. 

En cet état, le venin ne s'altère plus; il conserve très 
longtemps son activité et peut être expédié par la poste. 

B. — S'il s'agit de récolter le venin contenu dans les 
glandes de Serpents morts, voici comment il convient de 
procéder : 

Le reptile étant couché sur une planche étroite en bois, 
on lui fixe la partie supérieure de la tête et le cou avec des 
pointes. On détache la mâchoire inférieure avec des ciseaux. 
A l'aide d'un bistouri, on dissèque soigneusement les deux 
glandes à venin qui se trouvent situées de chaque côté de la 



LE VENIN DES SElil'ENTS 65 

mâchoire supérieure, imnu'dialeiiienl sous la peau, en arrière 
(les yeux. Il faut opérer avec précautions pour ne pas blesser 
les glandes, <pii laisseraient écouler la plus grande partie de 
leur liquide dans les tissus. On les enlève l'une après l'autre, 
(lavant en arrière, avec une pince, et on les porte dans un 
l)etit verre conique ou dans un verre de montre, où il est 
facile d'exprimer le venin qu'elles renferment. Les glandes 
exprimées sont rejetées. Il ne reste plus qu'à évaporer le 
venin comme nous l'avons dit ci-dessus, soit dans le vide, 
soit dans un bocal dont l'oritice repose sur une soucoupe 
garnie d'acide sulfurique ou de chlorure de calcium. 

Dans les cas où il ne serait pas possible d'évap(n-er le 
venin, on pourra se contenter d'enlever les glandes des 
Serpents morts et de les immerger dans des flacons contenant 
une très petite quantité de glycérine pure. Le volume de 
glycérine ne doit pas alors dépasser celui des glandes. Dans 
ces conditions, le venin conserve longtemps ses propriétés 
toxiques, et on peut aussi, sous cette forme, l'expédier par 
la poste dans des boîtes en fer blanc. 

Toutes les personnes qui voudront bien se charger de 
recueillir ainsi du venin de Serpents, sont priées d'adresser 
leur récolte à l'Institut Pasteur de Lille (\ord^, France. Ce 
venin doit servir à vacciner les Chevaux qui fournissent le 
sérum anti venimeux. 



Le sérum anliveninieux est d'autant plus actif et 
d'autant plus tardivement efficace, que les animaux qui 
le fournissent sont plus fortement immunisés. 

Nous avons déterminé de la manière suivante le délai 
pendant lequel l'injection est encore capable d'empêcher 
la mort après l'inoculation d'une dose deux fois mortelle 
de venin à nos animaux d'expériences : 

Inoculons à uu certain nombre de Lapins par exemple, 
sous la peau de la cuisse, une même dose de venin, 



66 LE VKNIN DES SERPENTS 

un milligr. de venin de Cobra, et traitons tous ces 
animaux, sauf quelques témoins, par des injections sous- 
cutanées de sérum de Cheval actif au 20.000'. Les témoins, 
non traités, n)eurent en trois à quatre heures. 

Les Lapins (|ui reçoivent un demi cent, cube de sérum 
thérapeutique une demi-heure, trois quarts d'heure ou 
une heure après le venin, résistent tous. 

Ceux qui reçoivent le sérum thérapeutique entre une 
heure et une heure et demie après le venin, résistent 
dans la proportion de deux sur trois. 

En injectant un cent, cube de sérum une heure et 
demie après le venin, la guérison est encore la règle. 

Passé ce délai, elle n'est plus possible parce que l'hypo- 
Ihermie et les phénomènes bidbaires de l'envenimalion onl 
conunencé à se manifester. 

Chez l'homme, l'intervention à l'aide du séruui antiveni- 
meux après morsure peut être etricace beaucoup plus tardi- 
vement, car il est relativement rare t|ue les symptômes 
bulbaires se manifestent en moins de trois heures. 

Dans les cas les plus conuuuns, la mort survient entre 
dix et douze heures a|)rès la morsure, et plus tardivemeni 
même loi'S(|ue la morsure est |)r()duite pai' \c Crotale, les 
Jîothrops et les Serpents d'Australie. 

Pour le Cobra, le Daboïa et le Bungare, les stalisliques 
de Fayrer, dressées sur un ensemble de 60 cas ayant amem'' 
la mort, la durée moyenne de la survie a été la suivante : 

Moins de deux heures proportion 22.96 % 

Entre deux et dix heures 24.53 " , 

Entre six el douze heures 23.05 '/„ 

Entre douze et viiigt-(|ualre heures .... 9.36 Vo 

Au-delà de vingt-cpuilic heures 21.10 °/„ 

En admettant, pour ce (jui concerne l'Inde, qu'il soil 
inqjossible de porter secours en temps utile aux [jcrsonnes 
classées dans la 1" catégorie ci-dessus, et qui succoinbcnt eu 



LI-: VENIN DKS SEHPIvNTS 07 

moins de deux houres, on xoil (|iii' le I iiiilciiiciil ;i les plus 
i^randes chances d'être elTicace pour l.oules les autres, soil pour 
77.04 V. de celles (|ui seraient vouées fatalement à la uiorl. 

Il convient donc de gén('raliser immédiatement cette 
nouvelle application de la sérumthérapie à tous les cas 
de morsures venimeuses, dans les pays tels que l'Inde. 
l'Australie, les Iles malaises, le Cap de Bonne-Kspi'rance, 
le Natal, le Transwaal, l'Egypte, le Bn'-sil, rAm(''ri(|ue 
centrale et les Etats-Unis du Sud, où les Serpents font 
chaque année de trop nombreuses victimes. 

Dans chacun de ces pays, il conviendrait (pie les 
(îouvernements s'appliquent à cri'er, au moins dans les 
principaux centres agiicoles, et dans les exploitations 
loreslières ou minières, des postes de secours médicaux, 
où toute personne mordue par un reptile venimeux, pût 
venir en l'espace de temps le plus court possible, demander 
des soins. Chacun de ces postes serait muni d'un appro- 
visionnement de sérum, de seringues à injections hypo- 
dermiques, d'une solution toujours récente d'hypochlorile 
de chaux, et des autres médicaments ou ustensiles indis- 
pensables pour le pansement des plaies. 

La dépense à elTectuer pour cette organisation serait 
bien minime eu égard aux services immenses qu'elle 
rendrait ! 



APPENDICE I 



Le venin du Scorpion. — Action des hypo- 
chlorites et du sérum antivenimeax sur 
ce venin. 

Gràoe à l'obligeance de M. le D' A. Loir, de Tunis, et de 
M. Piol, du Caire, qui m'ont envoyé |)lusieurs lots de Scor- 
pions vivants, j'ai pu étudier le venin de ces arachnides 
comparativement à celui des Serpents. 

Ces Scorpions d'Egypte ou de Tunisie appartenaient fous 
à la variété Srnrpio afer. 

J'ai extrait leur venin en coupant le dernier segment 
caudal (le telson), le triturant dans un verre conique avec 
un peu d'eau distillée, filtrant et évaporant dans le vide le 
liquide filtré (1). 

J'ai obtenu ainsi 46 milligrammes d'extrait sec pour un 
total de 28 Scorpions. Cet extrait, repris par de l'eau dis- 
tillée glycérines à 20 %, tuait la Souris blanche à la dose de 
milligr 03, en deux heures environ, avec de l'œdème san- 
guinolent au point d'inoculation, des spasmes convulsil's, 
puis des symptômes de paralysie et d'asphyxie assez sem- 
blables à ceux (jui accompagnent l'inoculation du venin de 
Serpents. 

(1) Le venin et l'appareil venimeux du Scorpion ont été étudiés 
d'une façon très complète dans une excellente monographie de M. le 
Docteur Joyeux-Laffuie, de Caen, parue en 188'1 



LE VENIN DES SEMPENTS 69 

Une dose de O^^S tue un Cobaye de iiOO siaimnes en moins 
(le vingt-quatre lieures. Ce venin, nu''lang(''à l'Iiypociilorile de 
chaux (4 goût les de solution à 1/60 |)our O'"'".')), au cliiorure 
d'or et à la solution iodo-iodurée de Gram, perd coniplèle- 
inent ses propriétés toxiques pour la Souris, 

Mélangé à la dose de 1 milligr. avec 3 ce. de sérum anti- 
venimeux d'un Lapin immunisé contre le venin de Cobra, 
il ne tue plus le Cobaye, alors que la même dose, mélangée à 
la même ([uantité de sérum normal de Lapin, a tué un Cobaye 
((■•moin. 

Deux Cobayes immunisés conire le venin de Vipèi'e de 
France, dont ils supportaient sans malaise jusfju'à 3 milli- 
grammes, dose quinze fois mortelle, ont parfaitement résisté 
à l'inoculation de 1 à 2 milligr de venin de Scorpion. 

L'observation de M. Serpa l'into, rapportée par 
M. (l'Aljbadie à l'Académie des sciences, et dont on a lu 
plus haut le texte, se trouve donc expérimentalement 
confirmée. 

On doit, par suite, admettre que les propriét('S physiolo- 
giques et les réactions du venin de Scorpion, sans être 
identiques à celles du venin des Serpents, en sont, du moins, 
li'ès voisines. 11 est intc-ressant de constater ces rapports, 
et. dans les pays comme l'Afrique septentrionale, où la 
piqûie du Scorpion produit parfois des accidents graves, il 
peut être utile de savoir que l'Iiypochlorite de chaux et le 
sérum anti venimeux constituent d'excellents remèdes à lui 
opposer. 



APPENDICE II 



Extrait des comptes rendus des séances de 
TAcadéniie des Sciences (27 janvier 1896). 

Physiologie pathologique. — Sur le sérum antiveni- 
MKUX. — Note de M. A. Caliuette (en collaboration avec 
MM. E.-H. Hankin, d'Agra, et Lépinay, de Saigon), pré- 
sentée par M. Duclaux. 

« Dans une précédente note à l'Académie (25 juin 1895), 
j'ai expliqué dans ([uclles conditions le sérum antivenimeux, 
préparé suivant la méthode dont j'ai donné la description 
dans les Annales de l'Institut Pasteur (mars 1894 et avril 
1895), pouvait être utilisé dans le but d'empêcher la mort à 
la suite des morsures venimeuses. 

» Depuis lors, j'ai préparé en grandes quantités ce séruui, 
à l'aide de Chevaux immunisés, et j'ai envoyé de nombreuses 
doses dans la plupart des pays où les Serpents dangereux 
pullulent, particulièrement dans l'Inde et en Australie. 

» Ce sérum que je possède actuellement est actif au ^^^-^^ 
c'est-à-dire qu'il suffit d'injecter préventivement, à un Lapin 
pesant 2 kilogrammes, gr. 1 de sérum pour l'immuniser 
contre une dose de venin de Cobra capable de tuer un témoin 
de même poids en trois à quatre heures. 

» Ce sérum a été expérimenté par M. Hankin au labora- 
toire bactériologique d'Agra (Inde anglaise) et par M. le 



LE VENIN DES SERPENTS 71 

D' Lépinay au laboratoire do Saïgon, au point de vue de son 
eHîcacité à l'égard de diverses espèces de venins et de la 
persistance de ses propriétés i)réventives en pays chauds. 

» M. Hanlvin me fait connaître, à la date du 23 décenilire 
1895, (|ue le sérum (|ue je lui avais adressé le 1" octoltre 
pi'écédcnt, dont le pouvoir pri'veiitif (Uait alors de .j—- a va il 
encore à xAgra, bien qu'il eùl voyagé pendant la saison 
chaude, un pouvoir préventif au moins égal à .— ^j^^, car il 
préservait très bien les Lapins à la dose de ce. 5 contre 
une dose mortelle de venin injectét' dans le di'lai d'une heure 
après le sérum. 

» M. Hankin a fait un usage pratique très intéressant de 
mon sérum, dans la circonstance suivante : 

» Les Indiens de certains districts ont coutume de s'em- 
poisonner réciproquement leur bétail dans un but de ven- 
geance, et ils emploient à cet efïet soit de l'arsenic, soit une 
substance qui échappait à toute analyse et que, d'après ses 
efïets physiologi((ues, M. Hankin pensait devoir être du venin 
<le Serpents. Ils introduisent cette substance étendue sur un 
chiffon, dans le rectum des animaux. 

)) Pour s'assurer qu'il s'agissait réellement du venin. 
M. Hankin eut l'idée de préparer, a^•ec ces chilïons, un extrait 
(|uil divisa en deux portions égales. L'une fut mélangée à 
une petite quantité de mon sérum antivenimeux. Les deux 
portions furent injectées à deux Lapins de même |)oids. 
Celui de ces Lapins (jui avait reçu le mélange d'extrait et de 
sérum ne fut pas malade. L'autre mourut en moins d'une 
heure. 

» M. Hankin se croil, par suite, autorisé à conclure que 
la substance toxi(pie des chilTons (|ui servent à empoisonner 
les besliaux n'est autre (jue du venin de Serpents. 

» Je pense ([ue cette MH'thode si originale d'analyse indi- 
rect(> des toxines par les si'iums, imaginée par M. Hankin, 
sera susceptible d'autres applications. J'ai [)u me convaincre, 
par exemple, (|u'on peut employer le s(''rum des Lapins vac- 



72 LE VEMN DES SERPENTS 

fines contre ïdbriiie pour reconnaître les empoisonnements 
par le jequirity, dont quelques peuplades de nos colonies 
font assez fré([ueminent usage dans un but criminel. 

» A Saïgon, le D' Lépinay, directeur de l'Institut l)acté- 
riologi(iue colonial, a étudié l'action tle mon si'rum antive- 
nimeux sur le venin de Bungarus. de Trimeresurus et de 
Naja tripudiàns. Les animaux immunisés par une injection de 
sérum résistent à ces divers venins. 

» Un Annamite, mordu par un Naja ([ul faisait partie d'un 
lot de ces reptiles destiné à mon laboratoire, a été guéri par 
lÏMuploi du sérum. La morsure, très profonde, siégeait à 
l'index de la main droite, à la première et à la deuxième pha- 
lange. Une injection de 12 ce. de sérum put être faite une 
heure après à l'hôpital militaire par le médecin de garde. Le 
membre mordu était déjà très entlé, contracture et doulou- 
reux. Le lendemain, tous les symptômes d'intoxication et le 
gonflement avaient disparu. Il restait seulement un peu de 
raideur de l'articulation atteinte. 

» Au marché de Bac-Lieu, une fcnune indigène, mordue 
par un des Najas faisant partie du même lot, mourut deux 
heures après sans avoir pu recevoir aucun secours. 

» On doit, par suite, recommander désormais l'usage du 
sérum antivenimeux contre l'envenimation produite par les 
morsures des reptiles. L'eflicacité de ce sérum est certaine, 
s'il est employé dans un délai assez court après la morsure 
et, dans tous les cas, son emploi n'entraîne aucun inconvé- 
nient. 



FIN 



Imi). I.e Biaot frères, nie Nii-olcis-Lelil.irn 



A LA MÊME SOCIÉTÉ D'ÉDITIONS 



BERTRAND (L.-E.), médecin en chef de la Marine, ancien professeur aux 
Ecoles de médecine navale, et FONTAN (J), professeur de cliirurgie 
navale et de ciurnrsie d'armée à l'Ecole de médecine navale de Toulon. 
— Traité mèdico-chirurgical de l'hépatite suppurée des pays 
chauds, grands ;ibcès du foie. In-8" de 732 p. avec tracés et fig. 16 fr . 

BILLOT (D"'), médecin-major de 1" classe — Détermination pratique 
de la Réfraction oculaire par la Kératoscopie ouSkiascopie. 
Application à l'Examen des Conscrits. — Un vol. de la Petite 
Encyclopédie médicale, cartonné à l'anglaise^ fer spécial. Prix. . 3 fr. 

BOUDAILLE (D' H.), lauréat de la Société française d'hygiène. — Caté- 
chisme des premiers soins à donner en cas d'accidents avant 
l'arrivée du médecin. Cet ouvrage est publié sous le patronage de la 
Société de sauvetage. 1 vol. in-8 carré, 85 p. avec 45 fig., cartonné. 1 fr. 

BOULOUMIÉ (Df P.). — Manuel du candidat aux divers grades et 
emplois de médecins et pharmaciens de la réserve et de l'armée territo- 
riale. In-12 de 585 pages. Prix 5 fr. 

CHÉRON (J.), médecin de Saint-Lazare, docteur ès-sciences, ofDcier de la 
Légion d'honneur.— Introduction à l'étude des lois générales de 
l'hypodermie (physiologie et thérapeutique). Paris 1894. In-S" 
de 555 pages avec 21 figures dans le texte. Broché 10 fr. 

CRÉSANTIGNES (Le D^de). — Les nouvelles méthodes dans le trai- 
tement de la diphtérie. In-S" de 50 pages. Prix. ...... 2 fr. 

DUBERGÉ (D"^ A. -F.), médecin principal de la marine. — Le Paludisme, 
sa prophylaxie et son traitement. 1 fort vol. in-8° de 500 p. 7 fr. 

DUBIEF (D"' H.). — Morphologie générale des Bactéries, avec 19 
figures dans le texte (Scienceb biologiques). Prix 1 fr. iiO 

HUBLE (Le D' Martial), médecin-major de l'armée, etc. — Précis de la 
vaccine et de la vaccination moderne. — 29= et 30' volumes de la 
Petite Encyclopédie médicale (collection à 3 francs). Prix des 2 volumes 
cartonnés à l'anglaise 6 fr. 

MARTIN (Le D"' Emile), ex-médecin-major à l'École polytechnique et à la 
légation de France à Pékin, lauréat de l'Ecole de médecine. — L'Opium, 
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MONIN (D"^ E.), chevalier de la Légion d'honneur, oflicier de l'in&truclion 
publique. — Formulaire de médecine pratique. Préface du pro- 
fesseur Peter. Prix 5 fr. 

NOGUÉ (Dr Raymond). — Formulaire spécial de thérapeutique 
infantile, avec préface de M. le D' G. Variot, médecin des hôpitaux. 
ln-18 de 650 pages, cartonné. 6 fr. 

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de l'Armée territoriale, deuxième édition. In-12 de 534 p. 6 fr. 

VILLEDARY (Le major). — Guide sanitare des troupes et du 
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